
La meilleure façon d'explorer les cratères lunaires : une boule robotique géante
Des chercheurs du laboratoire RAD de Texas A&M University, à College Station, ont testé en février 2026, dans une carrière du centre du Texas, RoboBall III, un robot sphérique gonflable de 1,8 mètre de diamètre pour 150 kilogrammes, qui a roulé sans difficulté sur des roches, du gravier et de l'argile humide. Le projet, mené par le doctorant en génie mécanique Rishi Jangale, vise à terme l'exploration de cratères lunaires inaccessibles comme Shackleton, au pôle sud de la Lune : 21 kilomètres de diamètre, 4 kilomètres de profondeur, avec des poches en ombre permanente où la température descend à moins 240°C, contre plus de 93°C côté ensoleillé, et où se trouveraient glace d'eau et strates géologiques anciennes. RoboBall se déplace grâce à un pendule interne qui déplace son centre de masse pour faire rouler sa coque protectrice. Ces travaux sont détaillés dans un article publié dans IEEE Transactions on Field Robotics, qui présente la conception du robot, un scénario de mission lunaire encore hypothétique, et les résultats de ces premiers essais de terrain. Cette forme sphérique répond à une contrainte opérationnelle : sur un sol lunaire à faible gravité, un rover classique risque de basculer, et la NASA exclut d'envoyer des astronautes près de cratères d'où on ne pourrait pas les extraire en cas de chute. La démonstration reste à un stade académique, entre essais en carrière terrestre et scénario de mission hypothétique, mais elle répond à une vraie lacune scientifique : aucun échantillon lunaire n'a été rapporté sur Terre depuis plus de cinquante ans, et les météorites lunaires manquent, selon la minéralogiste Sara Russell du Natural History Museum de Londres, du contexte géologique de terrain qui fait la valeur scientifique d'un prélèvement. Contrairement à un rover tenu par un câble, RoboBall n'aurait pas besoin de remonter par ses propres moyens : il pourrait collecter des échantillons au fond d'un cratère puis les renvoyer par petites fusées vers un rover resté au bord, avec un rayon d'action bien plus large. L'idée remonte à 2003, quand Robert Ambrose, alors ingénieur robotique à la NASA et aujourd'hui responsable du laboratoire RAD à Texas A&M, a imaginé qu'une sphère gonflable, insensible au retournement et isolée thermiquement, pourrait aller là où rover à roues et astronautes ne s'aventurent pas. Un premier démonstrateur, RoboBall II, large de seulement 0,5 mètre, a été achevé en 2022 après des itérations rapides marquées par des pannes logicielles et un système de transmission trop faible pour franchir des obstacles meubles ; il aura fallu onze mois de plus pour aboutir à RoboBall III. Aucune mission lunaire n'est à ce jour programmée : le projet reste une démonstration technologique universitaire, destinée à alimenter les réflexions de la NASA en vue de futures explorations robotiques du pôle sud lunaire.

















































