
Aperçu des Robot Games : de la performance au travail, ce qu'ont accompli les robots humanoïdes cette année
La deuxième édition des World Humanoid Robot Games s'ouvre le 22 août à l'Ice Ribbon, l'anneau de vitesse olympique de Pékin, avec 666 équipes et 2 056 robots inscrits, soit une hausse de 138 % du nombre d'équipes par rapport à l'an dernier. Alors que l'édition précédente mettait surtout en scène des humanoïdes dansants, celle de 2026 se concentre sur des tâches de travail concrètes. Le 17 août, des journalistes ont visité le parc d'innovation en IA incarnée de Zhongguancun Haidian, près des universités Tsinghua et Peking, où opèrent Zhuoyu Tech (fabrication de composants), Noitom Robotics (collecte de données de mouvement) et Wujie Power (assemblage de corps robotiques). Wujie Power, fondée en 2025, a déjà produit en série deux générations de corps humanoïdes et travaille sur une troisième ; elle revendique plus de 200 millions de dollars de financement providentiel cumulé et une première certification CE industrielle full-stack délivrée en Europe. Ses commandes se répartissent entre manufacture industrielle et services commerciaux, notamment des cafés. Selon Tan Peng, secrétaire du conseil de Zhuoyu Tech, 2024-2025 était dominée par des lots de prototypes de 10 à 50 unités ; en 2026, dix à vingt clients dépassent le millier d'unités commandées, et l'entreprise fournit des composants pour environ 3 000 robots par mois, avec un objectif de 50 000 à 60 000 unités mensuelles d'ici novembre. Les bras robotiques industriels classiques atteignent des dizaines de milliers d'heures avant défaillance critique, contre seulement quelques milliers pour les robots incarnés, sans norme internationale établie.
Ce basculement de la démonstration scénique vers l'usage productif traduit une bascule de fond du secteur chinois : la course ne se joue plus sur l'exploit médiatique mais sur les volumes de commandes vérifiables et les cycles de production tenus. En juin 2026, le ministère chinois de l'Industrie (MIIT) et la Commission de supervision des actifs publics (SASAC) ont lancé un programme imposant aux entreprises publiques et technologiques de valider et déployer des robots en situation réelle d'ici fin 2026 ; Wujie Power dit avoir engrangé près de 100 millions de dollars de commandes mondiales sur le premier semestre grâce à cette ouverture de terrains d'essai. Pour les intégrateurs, le signal est double : les configurations matérielles se standardisent, réduisant le sur-mesure coûteux, mais l'écart entre fiabilité affichée et maturité industrielle réelle reste important, faute de standard MTBF reconnu. Le goulot d'étranglement se déplace donc du matériel vers la donnée : Li Yao, vice-président de Noitom Robotics, note que les attentes clients sont passées de quelques milliers d'heures de données l'an dernier à plusieurs centaines de milliers aujourd'hui, certains évoquant des dizaines de millions d'heures à terme, un écart d'ordre de grandeur avec l'offre actuelle.
Wujie Power reste modeste face aux ténors internationaux du secteur, mais s'inscrit dans un écosystème chinois désormais structuré verticalement, des composants (Zhuoyu Tech) à la capture de mouvement pour l'entraînement des modèles (Noitom). Les données d'apprentissage se répartissent en trois catégories : les données opérationnelles à la première personne, jugées les plus fiables pour l'entraînement final ; les données centrées sur l'humain, réutilisables d'un robot à l'autre par retargeting ; et les données de simulation, abondantes mais dépourvues d'informations physiques réelles. Noitom facture ses données de capture plusieurs milliers de yuans par heure et prévoit de recruter, via crowdsourcing, près de 20 000 contributeurs d'ici 2027 pour collecter des données en environnement domestique. Aucun acteur français ou européen n'apparaît dans cette dynamique, largement pilotée par la politique industrielle chinoise et ses objectifs de déploiement fixés à fin 2026.
La certification CE obtenue par Wujie Power ouvre une voie de commercialisation en Europe pour des humanoïdes chinois, sans qu'aucun acteur français ou européen ne soit impliqué dans cette dynamique.
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