L'année de la « production de masse » de l'humanoïde chinois : l'écart entre fabriquer des robots et les utiliser
Lors du World Robot Conference, 2026 a été qualifiée d'année de la production de masse pour les robots humanoïdes en Chine. Selon Counterpoint Research, les livraisons mondiales d'humanoïdes ont dépassé 22 000 unités au premier semestre, en hausse de près de 300% sur un an, et le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information (MIIT) prévoit une production annuelle chinoise supérieure à 100 000 unités. Les principaux fabricants accélèrent : AgiBot a livré environ 9 700 unités au premier semestre, Unitree près de 7 000 au 21 août, et Galbot plus de 1 100 sur la même période. UBTECH annonce des commandes tous canaux dépassant 13 361 unités pour sa gamme d'humanoïdes grande taille U1, arrêtées au 30 juin, avec une livraison visée cette année. Son fondateur Zhou Jian a toutefois averti que la difficulté de fabrication est "rare dans l'histoire humaine", la seule tête du robot comptant entre 2 000 et 3 000 composants.
Derrière ces volumes se cache une réalité plus contrastée. Le divertissement, les spectacles, l'éducation et la collecte de données ont représenté plus de 60% des livraisons mondiales d'humanoïdes au premier semestre, contre seulement 13% pour l'industrie manufacturière et 5% pour la logistique et l'entreposage : moins de deux unités sur dix travaillent réellement en usine ou en entrepôt. Le prospectus d'Unitree révèle que plus de 70% de son chiffre d'affaires lié aux humanoïdes sur les neuf premiers mois de 2025 provenait de la R&D et de l'éducation, contre environ 9% d'applications industrielles réelles. Quelques acteurs dépassent néanmoins le stade de la démonstration : une entreprise d'IA incarnée affirme être la première à atteindre l'adéquation produit-marché en logistique, en exploitant des lignes de tri de colis avec SF Express et China Post dans plus de dix centres logistiques répartis sur cinq provinces, sur des postes de nuit non climatisés, bruyants et physiquement éprouvants mais offrant un retour sur investissement mesurable. Pour les dirigeants du secteur, le vrai défi tient en trois étapes : faire fonctionner un robot une fois, le rendre fiable en répétition, puis transformer un projet isolé en produit réutilisable.
Bank of Communications International estime que le secteur passe d'une logique de démonstration de capacités à une évaluation commerciale centrée sur l'efficacité, la stabilité et le retour sur investissement. Ce basculement s'inscrit dans une course chinoise à l'humanoïde portée par plusieurs acteurs (AgiBot, Unitree, Galbot, UBTECH) qui rivalisent désormais autant sur les volumes de production que sur les débouchés industriels réels. Pour les analystes, le véritable test de cette année de production de masse ne sera pas le nombre d'unités sorties d'usine, mais celui des robots effectivement rappelés au travail.
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