
Le boom des robots humanoïdes en Chine (partie III) : quand aura lieu leur moment ChatGPT ?
Cinq entreprises chinoises ont concentré 86% des livraisons mondiales de robots humanoïdes au premier semestre 2026, selon Counterpoint Research, confirmant l'avance chinoise en volume sur ce marché naissant. Les levées de fonds suivent : la division robotique de XPeng a recueilli plus de 900 millions de dollars en août, la valorisant à plus de 6,3 milliards de dollars, et Galbot a levé 2,5 milliards de yuans (362 millions de dollars) en mars, après un tour de plus de 300 millions fin 2025 qui l'avait valorisée environ 3 milliards. Les humanoïdes sont testés dans l'automobile, l'électronique, la logistique, l'aérospatiale et l'énergie, mais la commercialisation reste précoce, entre achats unitaires, préorders et pilotes, sans commandes répétées à grande échelle. Au BEYOND Expo, Fu Sheng, PDG de Cheetah Mobile et président d'OrionStar, a rappelé que le vrai défi est "le dernier 1%" : un taux de succès de 99% laisse un échec toutes les cent tentatives. Selina Xu, du bureau IA d'Eric Schmidt, juge que les entreprises chinoises avancent plus vite et plus large que leurs rivales américaines.
Cet écart entre volume et maturité commerciale est le point clé pour intégrateurs et décideurs industriels. Les modèles vision-langage-action et les "world models" restent précoces, et Nvidia domine la pile logicielle robotique de bout en bout, laissant de nombreuses startups chinoises dépendantes de ses puces Orin, même si des fondeurs locaux développent des alternatives. Pour Jiang Han, chercheur au Pangoal Institution, les commandes répétées et le délai de retour sur investissement client sont les vrais signaux qu'un robot résout un problème réel, plus que le coût de fabrication seul : l'avantage durable de la Chine tiendrait à la combinaison de coûts bas et d'itération rapide, matérielle et logicielle. La donnée reste un goulot d'étranglement : impossible d'extraire des exemples d'interaction physique depuis internet comme pour les grands modèles de langage, d'où le recours aux données synthétiques, à la simulation et à l'apprentissage par renforcement. Harry Mellsop, cofondateur d'Antioch, compare l'IA physique à "l'ère GPT-2", avant le saut de ChatGPT.
Trois facteurs structurent cette avance, selon la troisième partie de l'enquête de TechNode sur le boom humanoïde chinois : le coût, l'accès au capital et un vaste terrain d'essai. La base industrielle chinoise, adossée à la chaîne d'approvisionnement des véhicules électriques pour batteries et capteurs, permet un sourcing local, une itération rapide et des prix plus bas que chez les rivaux américains. Face à la domination logicielle de Nvidia, des acteurs chinois cherchent des alternatives aux puces Orin, enjeu autant technologique que souverain. La sécurité reste un risque : un accident médiatisé pourrait déclencher un retour de bâton réglementaire. Reste le calendrier : Sam Altman évoque un "moment ChatGPT" pour l'humanoïde à quelques années, mais l'article souligne que ce basculement dépendra moins des démonstrations spectaculaires déjà vues que de la fiabilité et de la rentabilité prouvées dans la durée.
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