
Robots humanoïdes : assez de démonstrations. Qui gagne réellement de l’argent ?
Après des années de vidéos virales de robots humanoïdes dansant ou pliant du linge, le secteur affronte en septembre 2026 une question plus prosaïque : qui paie réellement pour ces machines au travail ? Agility Robotics présente le cas le plus documenté : depuis 2024, son robot Digit est exploité par GXO Logistics via un accord pluriannuel de type Robots-as-a-Service sur le site de Flowery Branch, où il transfère des bacs livrés par des robots mobiles autonomes vers des convoyeurs, plus de 100 000 unités déplacées à ce jour. En février 2026, Toyota Motor Manufacturing Canada a signé un accord commercial avec Agility après un projet pilote, et Schaeffler figure aussi parmi les industriels en cours d'intégration. Agility affirme avoir engrangé en 2026 plus de 300 millions de dollars de commandes contractuelles pluriannuelles pour son nouveau modèle Digit v5, dont les documents financiers liés au projet d'introduction en Bourse de l'entreprise chiffrent le coût total sur cinq ans à environ 400 000 dollars par unité, incluant 200 000 dollars d'achat, 20 000 dollars de déploiement et 36 000 dollars annuels de logiciel et maintenance.
Ce basculement change le critère d'évaluation : une démonstration réussie ne suffit plus, les acheteurs industriels veulent connaître la disponibilité opérationnelle, la cadence et le coût réel d'intégration. Le calcul devient mesurable : à 400 000 dollars sur cinq ans, un Digit doit générer plus de 80 000 dollars de valeur économique annuelle, une fois l'intégration et la supervision prises en compte, pour justifier l'investissement face à d'autres formes d'automatisation. Agility précise que commandes signées, déploiements effectifs et chiffre d'affaires reconnu restent trois indicateurs distincts, les 300 millions de dollars annoncés ne correspondant pas à des revenus déjà comptabilisés. Le signal reste néanmoins l'un des plus nets à ce jour qu'un client industriel est prêt à engager des budgets substantiels sur l'automatisation humanoïde.
Ce basculement intervient après plusieurs années où le secteur a surtout communiqué par démonstrations vidéo plutôt que par des chiffres d'exploitation, porté notamment par Figure, dont les robots de manipulation continuent d'attirer l'attention médiatique. Figure met en avant des données de production jugées impressionnantes, mais reposant sur un modèle économique différent, davantage tourné vers la vente de plateformes que vers un service pluriannuel facturé à l'usage comme celui d'Agility. À ce stade, seul un nombre restreint d'entreprises peut revendiquer des déploiements commerciaux vérifiables plutôt que de simples pilotes, et la comparaison entre Agility et Figure illustre deux stratégies commerciales concurrentes plutôt qu'un vainqueur déjà désigné. Pour Agility, la suite passe par l'exécution des commandes déjà signées pour le Digit v5, l'élargissement de son portefeuille de clients logistiques et industriels, et une introduction en Bourse en préparation.
Schaeffler, groupe industriel allemand, figure parmi les entreprises en cours d'intégration du robot Digit d'Agility Robotics, signe d'une adoption naissante de la robotique humanoïde par l'industrie européenne.
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