
La robotique doit répondre aux grands défis écologiques et sociétaux
La France et l'Europe doivent-elles suivre la course technologique américano-chinoise en robotique, ou tracer une voie différente ? C'est la question que traite un entretien accordé à Robot Magazine par Catherine Simon, Conseillère Numérique Industriel pour la 5G, l'électronique et la robotique au Secrétariat général pour l'investissement (SGPI). Elle y retrace l'évolution de la robotique depuis les premières éditions du salon Innorobo, où les robots déployés restaient des outils industriels spécialisés pour des tâches répétitives en environnement contrôlé, malgré une diversité déjà réelle d'applications allant du médical à la logistique, en passant par l'agriculture et l'exploration en milieu extrême. Elle situe la rupture actuelle dans la convergence de l'IA générative et de la Physical AI, qui fait basculer la robotique vers le statut de « General Purpose Technology ». Elle identifie quatre moteurs de cette transformation : l'agentification autonome, qui permet une prise de décision en temps réel sans intervention humaine ; la perception multimodale combinant vision, toucher et audition ; l'apprentissage actif et par renforcement ; et l'intégration de modèles de langage (LLM) pour une interaction vocale et gestuelle plus naturelle, y compris pour des utilisateurs non experts.
Ce cadrage est significatif pour les industriels et décideurs européens, car il formalise une ligne de démarcation stratégique avec les États-Unis et la Chine. Catherine Simon pointe la logique technocentrée de ces deux puissances, illustrée par des démonstrations de robots humanoïdes effectuant des saltos ou courant des marathons, des vitrines qu'elle distingue implicitement d'une réponse à un besoin réel. Elle plaide pour une approche inverse en France et en Europe, tirée par la demande des secteurs économiques stratégiques et par les urgences environnementales et sociétales, plutôt que par la course à la performance technique pour elle-même. Pour un intégrateur ou un COO industriel, ce positionnement suggère que les financements publics français chercheront à prioriser des marchés à besoins massifs et avérés plutôt qu'à soutenir des démonstrations robotiques spectaculaires sans débouché immédiat.
Cette prise de position s'inscrit dans la mission du SGPI, qui pilote une partie des investissements technologiques de l'État français, dans un contexte de compétition mondiale sur l'IA physique et les humanoïdes largement dominée jusqu'ici par les annonces américaines et chinoises. Catherine Simon défend l'idée que la France et l'Europe disposent d'un écosystème complet, grands groupes industriels, PME innovantes, laboratoires de recherche et compétences techniques en matériel comme en logiciel, pour construire une offre compétitive. L'entretien ne comporte toutefois aucune annonce de produit, de pilote industriel ni de calendrier de déploiement précis : il s'agit d'une déclaration d'orientation stratégique destinée à peser sur les priorités d'investissement public, pas d'un bilan de réalisations. La suite qu'elle esquisse consiste à identifier les marchés porteurs où cet écosystème franco-européen pourrait se positionner face aux acteurs nord-américains et chinois.
Cette prise de position du SGPI vise a orienter les futurs financements publics français vers des marches robotiques a besoins avares plutôt que vers une course technologique face aux Etats-Unis et a la Chine.
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