KingKong Technology publie en open source Jumper, un robot crabe à 22 degrés de liberté (DOF) qui saute plus de 400 mm
KingKong Technology, société pékinoise surtout connue pour ses encodeurs et servomoteurs de robots, a publié en open source la pile logicielle de Jumper, un petit robot hexapode de type crabe qu'elle a conçu elle-même. La publication couvre le modèle du robot, les scènes de simulation, l'entraînement par apprentissage par renforcement, le contrôle moteur et les outils de déploiement, ce qui permet de réentraîner les mouvements montrés en démonstration : marche, danse et saut. Jumper compte 22 degrés de liberté répartis sur six pattes, mesure environ 400 x 400 x 200 mm et pèse 1,8 kg. Le constructeur annonce une hauteur de saut de 400 mm ou plus, une vitesse maximale d'au moins 0,5 m/s, une charge de préhension de 1 kg et environ deux heures d'autonomie. Le calcul embarqué repose sur un processeur Rockchip RK3576 doté d'un NPU de 6 TOPS. Chacune des 22 articulations utilise un servo tactile maison à deux encodeurs, l'un côté moteur, l'autre côté articulation après réduction. Le dépôt fournit le modèle MuJoCo et des environnements d'entraînement bâtis sur MuJoCo, MuJoCo Warp, mjlab et rsl_rl, de sorte que mêmes tâches, récompenses et code PPO tournent sur des moteurs physiques GPU ou CPU. Les compétences livrées incluent marche, changements de posture, gestes, danse, saut, préhension et plusieurs allures d'hexapode. Les politiques entraînées s'exportent en ONNX, se convertissent en RKNN pour la puce embarquée, puis s'empaquettent avec le contrôleur et la machine à états dans un bundle de mouvement de type application.
L'intérêt tient moins au robot lui-même qu'à la démarche : un fabricant de composants montre ce que ses actionneurs peuvent faire dans une chaîne complète, de la simulation au déploiement, avec une chaîne d'outils standard (MuJoCo, PPO) que n'importe quel laboratoire sait déjà utiliser. Pour les intégrateurs et les équipes de recherche, c'est une base peu coûteuse pour tester du transfert sim-to-real sur une morphologie à nombreux degrés de liberté. L'ouverture reste toutefois partielle, et c'est le point à retenir. Les fichiers CAO mécaniques, la nomenclature de production, les circuits imprimés, les schémas électriques et les données de fabrication des servos ne sont pas publics : impossible de reconstruire un robot identique. Surtout, la documentation reconnaît que l'inférence RKNN sur la vraie carte n'a pas encore été validée et que la boucle de contrôle à 1 kHz ne pilote pas encore le bus moteur physique. Les performances annoncées relèvent donc, à ce stade, de démonstrations et de la simulation, pas d'un produit éprouvé de bout en bout. L'incitation à passer par un assistant de codage IA pour décrire en langage naturel de nouveaux mouvements ou scènes ajoute une couche d'accessibilité, sans garantie de robustesse.
Pour KingKong Technology, fournisseur de composants pour d'autres constructeurs, Jumper constitue une première incursion dans la définition d'un corps de robot, de son logiciel et de ses compétences, un positionnement qui rappelle la stratégie de nombreux équipementiers chinois cherchant à capter plus de valeur en aval. L'entreprise lance un défi ouvert de mouvements pour les développeurs et avance des usages comme les tâches domestiques, l'inspection de canalisations, le tri et l'agriculture, dont la demande réelle reste à démontrer. La suite dépendra de la validation sur matériel des deux briques manquantes, l'inférence RKNN et le pilotage du bus moteur, et de la capacité de la communauté à produire des compétences réutilisables sans accès aux plans mécaniques.
Pas d\'impact direct sur la France/UE




