Un robot fin comme du papier, propulsé par des cellules musculaires, nage à travers un labyrinthe aquatique
Des ingénieurs du MIT, dans le laboratoire de Ritu Raman (professeure associée de génie mécanique), ont présenté dans Advanced Functional Materials un robot nageur biohybride d'une épaisseur quasi bidimensionnelle. Son squelette est un film de gel de la taille d'un bâton de chewing-gum, divisé en deux moitiés qui forment les nageoires. Chacune est recouverte d'une couche de cellules musculaires vivantes, plus fine qu'un cheveu, génétiquement modifiées pour se contracter sous l'effet de la lumière. Éclairer une nageoire la fait battre avec assez de force pour propulser l'engin, et l'alternance des flashs permet de piloter direction et vitesse. Les chercheurs l'ont fait évoluer dans un labyrinthe aquatique simple. Sa vitesse maximale atteint environ quatre longueurs de corps par minute, contre jusqu'à 65 pour un nageur olympique, un rythme comparable à celui du requin-vache. Les coauteurs sont Maheera Bawa (première autrice), Arielle Berman, Laura Schwendeman, Ferdows Afghah et Seanbiron Johnson.
Le résultat est présenté comme le premier robot à locomotion propulsé par du muscle en couche mince bidimensionnelle. Les robots biohybrides actuels, y compris ceux du même laboratoire, reposent sur des blocs 3D de muscle squelettique cultivé qui exigent des millions de cellules. Une architecture en film mince pourrait réduire les coûts de fabrication et améliorer l'efficacité du mouvement. Raman met en avant des usages potentiels dans des environnements fragiles ou imprévisibles, où un tissu vivant, souple, réactif et capable de s'autoréparer aurait un avantage sur le matériel conventionnel. Il faut toutefois relativiser: il s'agit d'une preuve de concept de laboratoire, testée en milieu contrôlé, sans données publiées ici sur l'endurance, la durée de vie des cellules ou le passage à l'échelle. Aucun calendrier de commercialisation ni partenaire industriel n'est annoncé, et ce travail relève de la recherche fondamentale plus que de la robotique déployable.
Ce progrès découle d'une étape franchie l'an dernier, quand l'équipe avait conçu un disque de tissu musculaire artificiel inspiré de l'iris. Un gel gravé de rainures concentriques et radiales guidait la croissance des cellules, qui se contractaient dans plusieurs directions sous stimulation lumineuse. L'amplitude restait toutefois d'environ 100 microns seulement, trop faible pour la robotique. Pour augmenter la force, les chercheurs ont revu le support: la fibrine, gel ultra-mou qui se déformait sous la traction des muscles, a été remplacée par un gel dont ils ont ajusté trois paramètres, à savoir la composition, la rigidité, ainsi que la taille et la forme des rainures. La suite logique consistera à améliorer la puissance et la maniabilité de ces nageurs. Le domaine des robots biohybrides reste très académique, sans acteur industriel identifié, et ce type de travaux se mesure davantage en jalons de recherche qu'en échéances de marché.
Pas d\'impact direct sur la France/UE




