
Digit 5, le premier robot humanoïde vraiment sûr pour travailler ?
Agility Robotics a dévoilé Digit 5, la dernière génération de son robot humanoïde industriel, en misant sur un compromis inédit entre puissance, sécurité et autonomie énergétique. L'engin mesure 1,8 mètre pour 129 kg, peut soulever une charge de 23 kg jusqu'à 2,1 mètres de hauteur, et fonctionne plus de 20 heures par jour sans immobilisation prolongée pour recharge. Sa principale nouveauté tient à sa gestion de la sécurité : au lieu de s'appuyer sur des barrières physiques comme la quasi-totalité des humanoïdes commerciaux actuels, Digit 5 est conçu pour ne jamais pouvoir tomber sur quelqu'un. Quand un humain s'approche, le robot dépose ce qu'il transporte puis s'assoit au sol de façon stable si nécessaire, selon le communiqué d'Agility. Le robot abandonne aussi les jambes inversées, en forme de patte d'oiseau, qui caractérisaient Cassie puis les précédentes générations de Digit et qu'avait théorisées le cofondateur Jonathan Hurst dans un article de 2019 pour IEEE Spectrum : ces jambes optimisées pour la locomotion dynamique se prêtaient mal au levage et à la position accroupie, d'où le passage à une configuration plus proche de la jambe humaine. D'après le dossier déposé par Agility auprès de la SEC en juin, en vue d'une entrée en Bourse prévue avant fin 2026, le coût des composants (BOM) de Digit 5 devrait se situer entre 150 000 et 200 000 dollars au lancement, avec un objectif de moins de 50 000 dollars à un volume de 10 000 unités par an. Le service en formule robot-as-a-service serait facturé autour de 8 500 dollars par mois, une estimation qu'Agility qualifie elle-même de purement illustrative.
Cette approche répond à une question que la plupart des fabricants de humanoïdes évitent : que se passe-t-il si un robot bipède intrinsèquement instable tombe sur un employé, un enfant ou un animal ? En rendant cette chute impossible par construction plutôt que par promesse marketing, Agility propose une réponse vérifiable là où la concurrence reste largement silencieuse sur le sujet, ce qui pourrait débloquer des déploiements en usine sans cages de sécurité, un frein connu à l'adoption industrielle des humanoïdes. Sur le plan économique, en croisant les 20 heures d'activité quotidienne annoncées avec un coût horaire de main-d'œuvre estimé à 30,50 dollars, Agility avance une économie potentielle de 100 000 dollars par an et par robot pour ses clients, un chiffre présenté comme purement indicatif et donc à prendre avec prudence, comme toute projection émanant du fabricant avant commercialisation à grande échelle. Si ces ordres de grandeur se confirment en conditions réelles, ils constitueraient l'un des premiers cas concrets où l'équation coûts/bénéfices d'un humanoïde tiendrait la route face au scepticisme sur l'écart entre démonstrations spectaculaires et utilité économique réelle en production.
Agility Robotics construit sur l'héritage de Cassie, son premier robot bipède, puis des générations précédentes de Digit, dont les jambes inversées avaient été conçues par Jonathan Hurst comme une optimisation biomécanique de la locomotion dynamique plutôt que par souci esthétique, ainsi qu'il l'expliquait déjà en 2019. Le passage à une architecture de jambes plus proche de l'humain marque une bascule assumée vers l'utilité au sol, levage et position accroupie, au détriment de l'agilité dynamique. La société a par ailleurs confirmé, via son dépôt SEC de juin, viser une introduction en Bourse d'ici fin 2026, ce qui explique la précision inhabituelle des chiffres de coûts et de rentabilité rendus publics avant même la commercialisation effective de Digit 5. Le robot arrive dans un paysage humanoïde de plus en plus encombré, où de nombreux concurrents continuent de communiquer surtout par vidéos de démonstration ; l'insistance d'Agility sur un mécanisme de sécurité vérifiable et sur des données de coûts de production réelles, plutôt que sur des projections marketing, tranche avec cette tendance. Les prochaines étapes attendues sont les premiers retours de déploiements clients à grande échelle, qui permettront de vérifier si les promesses de 20 heures de fonctionnement quotidien et d'économies annuelles de 100 000 dollars par robot se confirment sur le terrain, à mesure qu'Agility se rapproche de l'échéance boursière visée pour fin 2026.
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