La soudure navale est-elle le bon premier emploi pour les robots humanoïdes ?

Persona AI, fondée par Nic Radford et Jerry Pratt, développe un robot humanoïde dédié au soudage dans la construction navale. Radford a dirigé le programme Valkyrie au centre spatial Johnson de la NASA et fondé Nauticus Robotics ; Pratt a mené l'équipe de l'IHMC lors du DARPA Robotics Challenge avant de passer deux ans comme directeur technique chez Figure. Interrogée par IEEE Spectrum il y a deux ans, peu après sa création, Persona AI n'avait pas encore arrêté son marché cible et évoquait l'entrepôt, l'automobile ou même le domicile. L'entreprise a depuis choisi le soudage naval : son robot doit réaliser de longs cordons de soudure linéaires, une tâche jugée peu complexe mais requise sur des centaines de kilomètres par navire. Persona AI revendique deux partenariats publics en Corée du Sud, avec HD Hyundai, premier constructeur naval mondial, et POSCO, troisième producteur d'acier mondial. L'entreprise vise des clients capables de déployer des « centaines » de robots par site, sans communiquer de calendrier ni de prix. Techniquement, la vitesse de soudage est bridée par la fonte du métal, autour d'un centimètre par seconde, avec des mouvements répétés à l'échelle du millimètre sur de longues durées, un registre où la robotique surpasse traditionnellement l'humain sujet à la fatigue.
Le choix de Persona AI rompt avec la stratégie dominante du secteur, qui cible le travail non qualifié (logistique, manutention) sans avoir encore démontré de déploiement rentable à grande échelle, malgré une multiplication des démonstrations vidéo. Radford revendique un « avantage du dernier arrivé » : avoir observé les échecs commerciaux des concurrents avant de se positionner sur un métier qualifié et mieux rémunéré, où la pénurie de main-d'œuvre est structurelle et où la pénibilité physique justifie économiquement l'automatisation. C'est un test important pour la filière humanoïde : si l'usage d'outils manuels comme un poste à souder, plus complexe qu'une simple préhension d'objets, peut être industrialisé sur un cas d'usage étroit et répétitif, cela validerait une approche de niche plutôt que la polyvalence généraliste vantée par des concurrents comme Figure ou Tesla avec Optimus. Cela reste toutefois à ce stade une annonce de partenariats et une orientation stratégique, pas un déploiement en production chiffré ; Persona AI n'a communiqué ni volume de robots livrés, ni taux de réussite mesuré sur site.
Le pari s'appuie sur la génétique de ses fondateurs, issus de programmes robotiques exigeants (NASA, DARPA) plutôt que du seul monde de l'IA générative, et sur un choix délibéré d'éviter la course aux tâches domestiques ou d'entrepôt déjà disputée par une dizaine d'acteurs. La concurrence positionnée sur les compétences physiques qualifiées reste rare, ce qui donne à Persona AI un créneau relativement dégagé face à des rivaux généralistes mieux financés. Les prochaines étapes attendues concernent la montée en cadence chez HD Hyundai et POSCO, la démonstration d'une qualité de soudure comparable à celle d'un opérateur humain, et l'élargissement éventuel à d'autres tâches de soudage plus complexes une fois le cas d'usage linéaire maîtrisé.




