
Quand les robots humanoïdes expressifs manquent de naturel, ils inspirent la méfiance (étude cérébrale)
Une étude publiée dans la revue Science Robotics par Hasan Ayaz (Drexel University), Ewart J. de Visser (US Air Force Academy), Frank Krueger (George Mason University) et Yigit Topoglu (US Air Force Academy) montre que les erreurs d'un robot humanoïde expressif rendent les humains plus méfiants, et non moins. Les chercheurs ont fait dialoguer et prendre des décisions communes à 50 participants avec Pepper, un robot commercial conçu pour être expressif et reconnaître les émotions. Le robot donnait tantôt des conseils pertinents, tantôt des réponses fautives, coupant la parole ou proposant des suggestions illogiques. Une partie des participants voyait un Pepper animé, avec gestes, contact visuel et hochements de tête, l'autre un robot totalement immobile. L'équipe a mesuré simultanément l'activité cérébrale, le taux d'ocytocine, la confiance déclarée et l'influence réelle du robot sur les choix des participants. Pour suivre le cerveau pendant une conversation naturelle, sans immobiliser les sujets dans un scanner IRM, les chercheurs ont utilisé la spectroscopie proche infrarouge fonctionnelle, un capteur portable placé sur le front qui mesure l'oxygénation cérébrale. Résultat central: face aux erreurs d'un robot expressif, le taux d'ocytocine augmentait, mais plus il montait, moins les participants faisaient confiance au robot et moins ils suivaient ses conseils, l'hormone traduisant ici de la suspicion plutôt que de l'attachement.
Cette découverte contredit une hypothèse répandue dans la conception de robots destinés aux foyers, hôpitaux et lieux de travail: qu'un robot expressif et proche du vivant inspirerait davantage confiance et resterait crédité malgré ses erreurs. L'étude suggère l'inverse, un signal important pour les concepteurs de robots sociaux et les décideurs qui déploient ces machines en contact avec le public. L'expressivité change la manière dont le cerveau catégorise une erreur: chez un robot immobile, la faute reste perçue comme un dysfonctionnement mécanique, alors que chez un robot animé, elle mobilise les mêmes circuits que ceux utilisés pour juger le comportement d'une autre personne, avec un coût direct en confiance et en adoption.
Sur le plan cérébral, les erreurs d'un robot animé activaient et faisaient travailler ensemble deux régions, le cortex préfrontal dorsolatéral, qui détecte les violations d'attente et de normes, et le cortex préfrontal médian, impliqué dans l'inférence des intentions d'autrui, cette coordination accrue prédisant la hausse d'ocytocine puis la chute de confiance. Cette signature disparaissait chez les participants exposés au robot expressionless. L'étude s'inscrit dans un courant de recherche qui traite la confiance envers les machines comme un phénomène à plusieurs niveaux, individuel, relationnel, social, et dans une littérature sur l'ocytocine jusqu'ici centrée sur les interactions humain-humain, où ses effets se révèlent dépendants du contexte, de l'incertitude perçue et de la perception de menace, ouvrant la voie à d'autres travaux sur la robotique sociale.
Étude américaine sans acteur français ni européen direct, mais ses conclusions concernent la conception des robots sociaux comme Pepper, largement déployés en Europe pour l'accueil et le service.




