
Robots humanoïdes expressifs : la confiance grandit, mais les erreurs la font chuter rapidement

Une étude de l'université Drexel montre que la confiance envers les robots humanoïdes expressifs s'effondre plus vite qu'elle ne s'était installée dès la première erreur. Cinquante adultes ont interagi avec Pepper, robot conçu à l'origine par la société française Aldebaran Robotics avant son rachat par SoftBank, décliné en deux versions : l'une expressive, avec contact visuel, hochements de tête, gestes et acquiescements verbaux type "uh-huh" ; l'autre immobile, délivrant le même dialogue scripté sans aucun signal non verbal. Chaque participant a suivi trois sessions, les deux premières sans erreur pour établir la confiance, la troisième introduisant volontairement des ratés conversationnels (réponses hors sujet, interruptions, raisonnements incohérents, demandes de répétition) plutôt que des pannes mécaniques. Fait rare pour ce type d'étude, les chercheurs ont croisé quatre mesures simultanées : activité cérébrale par spectroscopie proche infrarouge fonctionnelle (fNIRS) portable, taux d'ocytocine salivaire, notes de confiance déclarées et décisions comportementales réelles.
Le robot expressif captait davantage l'attention et influençait plus les choix des participants tant qu'il ne se trompait pas. Mais dès l'apparition d'erreurs, sa capacité à peser sur les décisions a chuté de plus de moitié, un effondrement plus marqué que pour la version immobile. Les IRM ont montré que les erreurs du robot expressif activaient le cortex préfrontal dorsolatéral et médian, zones impliquées dans le raisonnement social, signe que les participants traitaient ces ratés comme une trahison sociale plutôt qu'un simple bug technique. À l'inverse, les erreurs du robot immobile étaient perçues comme de simples défaillances système, avec une réaction neurale plus faible. Pour les concepteurs de robots sociaux destinés à la santé, l'éducation, le service client ou le domicile, le message est clair : plus un robot paraît humain, plus l'expérience utilisateur devient fragile face à l'erreur, ce qui interroge directement les stratégies actuelles misant sur l'expressivité pour vendre l'adoption.
Résultat inattendu, l'ocytocine, hormone habituellement associée au lien social, augmentait après les erreurs des deux robots alors même que la confiance chutait. Les chercheurs y voient un signal de vigilance accrue face à un comportement social jugé peu fiable, plutôt qu'un marqueur d'attachement renforcé. Contrairement aux études précédentes sur la confiance homme-robot, majoritairement fondées sur de simples questionnaires déclaratifs, ce protocole multimodal permet d'observer en temps réel la dynamique neurologique, physiologique et comportementale des interactions. L'étude ne fournit pas de calendrier de déploiement ni d'acteur industriel précis pour intégrer ces résultats, mais elle pose un jalon méthodologique pour l'évaluation des interfaces sociales robotiques, à un moment où healthcare, retail et éducation multiplient les pilotes avec des humanoïdes conversationnels.




