
Des milliards investis dans l'IA incarnée, mais le déploiement en usine reste hors de portée
Au premier semestre 2026, le secteur chinois de la robotique embodied AI a absorbé 46 milliards de yuans (environ 6,2 milliards d'euros) répartis sur 288 opérations de financement impliquant 226 entreprises, selon les données d'IT Juzi. La concentration est massive : les cinq premiers acteurs (Qianxun Intelligence, Xiwang Sunrise, Xinghaitu, Zibianliang Robot et Jijia Vision) ont capté 17,1 milliards de yuans, soit 37 % du total, et le top 20 emporte 70 % des fonds. Qianxun Intelligence seule a levé 4,5 milliards de yuans en quatre tours en quatre mois. Le profil des investisseurs change : les grandes rondes au-dessus du milliard de yuans sont désormais pilotées à plus de 40 % par des industriels et des entités publiques (Baidu, ByteDance, Xiaomi, Meituan, SAIC, fonds gouvernementaux), le capital d'État participant à 42 % des transactions à plusieurs centaines de millions.
Ce flux d'argent masque un écart criant entre vitrine et déploiement réel. Le cas Daluo est emblématique : valorisée à plus de 20 milliards de yuans, ayant levé 5,4 milliards, la société n'a vendu que 1,4 million de yuans de produits sur les sept premiers mois de 2025 tout en enregistrant 84,25 millions de pertes nettes. La cause structurelle identifiée par le secteur est le manque de données d'interaction physique de qualité : on estime à 500 000 heures seulement le volume mondial de données réelles utilisables pour entraîner des robots, contre des milliards de tokens texte pour les LLM. Les réponses sont proportionnelles : Xinghaitu a lancé une campagne "un million d'heures" à Yizhuang, Qianxun Intelligence a déployé 300 000 points de collecte à l'échelle nationale, JD.com vise 10 millions d'heures sous deux ans. Les résultats restent modestes : un responsable algorithmique a reconnu que des dizaines de millions de yuans investis pour collecter 100 000 heures n'avaient amélioré la capacité des modèles que de 5 %.
Le secteur reste en phase de recherche appliquée, loin d'une industrialisation. L'état de l'art interne, estimé sur 100 points par un praticien du domaine, place les bras industriels à 50, les châssis à roues à 40, les quadrupèdes à 30, les humanoïdes bipèdes à 15, les mains dextères à 5, et l'IA embarquée de support à 3. Les approches VLA (Vision-Language-Action) et World Model convergent techniquement mais sans consensus sur la feuille de route. Les acteurs occidentaux comme Figure (Figure 03), Tesla (Optimus Gen 3), Physical Intelligence (Pi-0) ou NVIDIA (GR00T N2) font face aux mêmes verrous de sim-to-real et de données, mais le déploiement à l'échelle usine reste introuvable partout. Malgré l'étiquette "année de la production de masse" accolée à 2026, aucun robot polyvalent fiable ne s'est encore imposé commercialement dans des environnements industriels non contrôlés.
Les mêmes verrous structurels, 500 000 heures de données physiques mondiales, sim-to-real non résolu, contraignent les acteurs européens au même plafond de verre que les géants chinois pourtant dix fois mieux capitalisés.
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