
Des robots de démantèlement nucléaire prennent en charge les tâches dangereuses à Fukushima Daiichi

Hitachi a mis au point plusieurs systèmes robotisés pour inspecter les réacteurs endommagés de la centrale de Fukushima Daiichi et cartographier les dépôts radioactifs, afin de limiter les entrées humaines en zone dangereuse. PMORPH est un robot chenillé à géométrie variable. Il franchit une conduite d'environ 10 cm de diamètre en configuration I, puis se déploie en U dans l'enceinte de confinement primaire. Une première unité est entrée dans l'enceinte de l'unité 1 en avril 2015, avec caméra, thermomètre et dosimètre. Une seconde version, déployée en mars 2017, a descendu au treuil un capteur pour examiner les dépôts immergés et mesurer la radiation sur le sol du sous-sol. Pour caractériser ces dépôts, Hitachi a ensuite développé six types de ROV sous-marins, qui réalisent des cartes 3D des surfaces, mesurent l'épaisseur et la radiation, évitent l'enchevêtrement des câbles et prélèvent des échantillons. Une campagne menée de février 2022 à mars 2023 a fourni les données nécessaires pour concevoir une méthode de récupération des dépôts de l'unité 1. Le TASC, une caméra-sonde télescopique, avance dans les tuyaux coudés grâce à de courts cils vibrants sur un flexible, tandis qu'un tuyau interne évacue l'eau contaminée d'un échangeur thermique. Enfin, HUMALT est un bras souple actionné par des vérins hydrauliques à eau, sans électronique sensible dans son corps. Son prédécesseur à deux bras a été déployé en 2019 dans le bâtiment turbine de l'unité 3 pour dégager des obstacles.
Ces machines montrent que la robotique de démantèlement nucléaire progresse par des choix de conception plus que par l'autonomie. Contre la radiation, Hitachi combine capteurs durcis, blindage et séparation de l'électronique du corps du robot. Certains composants doivent être remplacés à l'approche de leur dose cumulée limite. L'automatisation reste limitée à des tâches répétitives en zones peu irradiées, comme le déblaiement de gravats. Le reste est téléopéré, ce qui rappelle l'écart entre la promesse d'autonomie et la réalité d'un chantier où une défaillance coûte des mois. Le cadre humain pèse aussi : selon des rapports récents, plus de 53 000 travailleurs ont dépassé 5 millisieverts par an depuis 2011, avec 17 maladies professionnelles reconnues. C'est l'argument économique et sanitaire le plus net pour les opérateurs et les intégrateurs de robots spécialisés. Les performances en conditions réelles ne sont toutefois pas chiffrées dans les informations disponibles, ni les taux de panne ou les durées de vie en milieu irradié.
Fukushima Daiichi est un laboratoire grandeur nature depuis l'accident de 2011, et les robots y sont passés par une succession d'échecs et d'ajustements. Hitachi n'est pas seul : d'autres industriels japonais comme Toshiba et Mitsubishi Heavy Industries ont aussi fourni des robots au site. La suite annoncée est l'association de ces plateformes à l'intelligence artificielle, aux données de capteurs, au savoir-faire des opérateurs et aux jumeaux numériques. Hitachi développe aussi une localisation par caméras stéréo externes, qui estime la position 3D du robot, de son environnement et de ses bras quand aucun capteur ne peut être embarqué. L'objectif de fond reste la récupération des débris de combustible, pour laquelle HUMALT est présenté comme une option potentielle, et non comme une solution déjà déployée. Aucun calendrier précis n'est communiqué.




