Des chercheurs préparent des essaims de robots capables d'assembler des structures sans ouvriers humains
Des chercheurs de l'Université de Stuttgart (Allemagne) préparent deux systèmes robotiques autonomes de construction, SCALAR et COBRAS, censés accélérer les chantiers, améliorer la productivité et réduire les déchets. Les deux projets ont obtenu chacun environ 4 millions d'euros (environ 9 millions de dollars) via l'EIC Pathfinder Challenge du Conseil européen de l'innovation. Coordonnés par l'Institute for Computational Design and Construction (ICD), ils doivent démarrer en novembre 2026 pour trois ans. SCALAR vise l'assemblage autonome de modules en bois préfabriqués : des grues rétrofitées transportent les composants et les positionnent grossièrement, tandis que des robots mobiles assurent l'assemblage de précision. Le processus est simulé en environnement virtuel avant le chantier, puis un système de contrôle numérique coordonne les opérations en temps réel et veille à la sécurité. COBRAS, lui, étudie des équipes de robots mobiles identiques à alimentation électrique, qui assemblent des structures en treillis spatial (space frames), sans contrôleur central, par coordination autonome de type essaim.
Ces projets s'attaquent à des verrous concrets. Le bois modulaire réduit le temps passé sur site, mais l'assemblage reste très manuel. Pour les structures en treillis spatial, la pose de multiples pièces individuelles freine l'adoption. L'intérêt de SCALAR tient à l'intégration de machines existantes : rétrofiter des grues de fabricants comme Liebherr et Jekko est plus réaliste pour un intégrateur que de concevoir des engins entièrement nouveaux. Le développement de capteurs fiables face à la poussière, à la saleté et aux éclairages difficiles est le point dur du passage du laboratoire au chantier, là où se joue l'écart entre démonstration et réalité. COBRAS parie sur la scalabilité : on ajoute ou retire des robots selon la taille du chantier, et la panne d'une unité n'arrête pas l'ensemble. Il faut toutefois rester prudent. Il s'agit de projets de recherche non encore démarrés, sans performances, cadences ni calendrier de déploiement annoncés. On ne parle ni de produit ni de pilote.
Ces travaux prolongent la ligne de recherche de l'ICD sur la conception computationnelle et la construction robotisée. Ils s'appuient sur un consortium européen : l'Institute for System Dynamics de Stuttgart, l'Austrian Institute of Technology, Liebherr et Jekko pour SCALAR ; l'Institute for Structural Engineering and Structural Design de Stuttgart, le Reconfigurable Robotics Lab de l'EPFL (Suisse) et le laboratoire IRIDIA de l'Université libre de Bruxelles pour COBRAS. Ce positionnement académique et européen contraste avec la robotique de construction commerciale, souvent portée par des start-up américaines, et il privilégie le bois et la réutilisation des composants, en phase avec les enjeux de durabilité. La suite dépendra des résultats après le lancement de novembre 2026, avec une échéance d'environ fin 2029. Le passage à des essais sur chantier réel et l'implication des industriels partenaires seront les indicateurs à surveiller.
Deux projets financés par l'EIC Pathfinder (environ 4 M€ chacun) et menés par l'Université de Stuttgart avec l'EPFL, l'ULB et Liebherr structurent un écosystème européen de robotique de construction.




