Cafards Cyborgs : Ils Peuvent Vous Piquer avec des Aiguilles
Des chercheurs du Biorobotics Lab de l'Université du Queensland, à Brisbane, dirigés par T. Thang Vo-Doan et Thanh Nho Do, ont publié une étude sur des cafards cyborgs baptisés "Paraborgs", conçus pour venir en aide à des victimes ensevelies après une catastrophe. Les scientifiques ont utilisé des cafards fouisseurs géants (Macropanesthia rhinocéros), espèce australienne pesant environ 40 grammes, ce qui en fait la plus lourde espèce de blatte au monde et lui permet de porter une charge utile supérieure à la moitié de son poids. Des électrodes ont été implantées dans leurs antennes et leurs cerques, pilotables sans fil via une manette de jeu vidéo classique pour les diriger, les faire avancer ou les arrêter. Certains insectes portent une caméra sans fil, d'autres un injecteur télécommandé qui propulse une seringue chargée de médicament grâce à un ressort, avant qu'une réaction chimique générant du CO2 ne pousse le liquide dans la cible. Lors des essais, les Paraborgs ont parcouru un parcours de 2,5 mètres avec trois points de passage avant de viser une cible en silicone de 8 sur 10 centimètres. Sur 25 essais, le parcours a été bouclé à chaque fois et l'injection a réussi dans 72% des cas.
Cette démonstration reste un prototype de laboratoire et non un système déployé sur le terrain, mais elle déplace la frontière de ce que peut faire un robot de recherche et sauvetage à très petite échelle. Plutôt que de concevoir un robot artificiel capable de ramper dans des gravats, escalader des surfaces irrégulières et récupérer après une chute, les chercheurs exploitent la mobilité déjà intégrée d'un insecte vivant et se contentent de greffer une interface électronique. L'approche répond à une limite connue des insectes cyborgs précédents (coléoptères, phalènes), jusqu'ici cantonnés au rôle de plateformes de capteurs passifs pilotables à distance. Pour un secteur qui cherche des solutions low-cost et miniaturisées pour l'inspection de décombres, ce travail suggère une voie alternative à la robotique bio-inspirée classique: au lieu de répliquer artificiellement la motricité d'un insecte, on la loue directement, avec un gain potentiel en coût, en robustesse et en autonomie énergétique embarquée.
Le projet est né en 2023, quand Vo-Doan et Do, discutant en marge de la conférence ICRA, se sont demandé ce qui pouvait se passer après qu'un cyborg ait localisé une victime, au-delà de la simple détection déjà explorée avec d'autres insectes. Les chercheurs n'ont pas cherché à combiner caméra et injecteur sur un même insecte, le poids et l'encombrement supplémentaires risquant de réduire la mobilité et l'autonomie énergétique; ils envisagent plutôt un déploiement en essaim, avec des Paraborgs spécialisés et complémentaires, certains en éclaireurs équipés de caméras, d'autres en unités d'intervention porteuses de médicaments. Aucun calendrier de pilote sur site réel n'est pour l'instant annoncé, le travail publié restant une preuve de concept en environnement contrôlé. Vo-Doan résume l'objectif à long terme comme la combinaison de la locomotion avancée de l'insecte avec des capacités de détection et d'intervention, afin d'atteindre et d'aider davantage de personnes, plus rapidement, lors d'opérations de secours après une catastrophe.




