
L'IEEE honore Toshio Fukuda, pionnier de la robotique
Toshio Fukuda, professeur émérite en ingénierie des micro-nano systèmes à l'université de Nagoya et actuellement vice-président de la recherche à l'Egypt-Japan University of Science and Technology d'Alexandrie, a reçu le prix Richard M. Emberson de l'IEEE le 24 avril lors d'une cérémonie à New York. Cette distinction, décernée par l'IEEE Technical Activities Board, récompense un « service distingué au bénéfice des objectifs techniques de l'IEEE, notamment en robotique ». Fukuda a publié plus de 2 000 articles de recherche et plusieurs ouvrages sur la robotique, les systèmes robotiques biomédicaux, la micro-nano robotique, la mécatronique et l'automatisation pilotée par IA. Il est aussi le fondateur de l'IROS, l'IEEE/RSJ International Conference on Intelligent Robots and Systems, une des toutes premières conférences dédiées à la robotique, lancée il y a près de 40 ans et toujours active aujourd'hui. Diplômé en ingénierie de l'université Waseda à Tokyo en 1971, il obtient ensuite un master puis un doctorat en sciences à l'université de Tokyo, avec un passage de recherche à Yale en 1973 sur la théorie de contrôle avancée. Le Japon l'a distingué à deux reprises pour ses contributions scientifiques, avec la médaille d'honneur au ruban violet en 2015 et l'Ordre du Trésor sacré en 2022.
Ce prix illustre le poids institutionnel que Fukuda a construit sur plusieurs décennies dans un domaine, la robotique, qui a longtemps peiné à trouver sa légitimité académique face à l'électronique ou à l'informatique pure. En créant l'IROS, il a doté la communauté robotique d'un rendez-vous scientifique pérenne qui structure encore aujourd'hui la diffusion des avancées en robotique intelligente, mécatronique et systèmes autonomes. Son passage à la présidence de l'IEEE en 2020, une première pour une personne d'origine asiatique à ce poste, marque aussi une évolution dans la gouvernance d'une organisation historiquement dominée par les institutions nord-américaines et européennes. Pour les chercheurs et industriels du secteur, son parcours illustre également une tension structurelle du monde académique qu'il évoque lui-même: la nécessité pour un chercheur de lever des financements en continu, à la manière d'un dirigeant de petite entreprise, ce qui a orienté ses propres choix vers une robotique directement utile à l'industrie plutôt que purement théorique.
Le parcours de Fukuda a été façonné dès ses études par Ichiro Kato, considéré comme le père de la recherche robotique japonaise et son mentor à Waseda, dans un pays qui allait devenir un des pôles mondiaux de la robotique industrielle et humanoïde. Après sa thèse en 1977, il a enchaîné les responsabilités scientifiques et institutionnelles, jusqu'à devenir directeur de programme du Moonshot, l'initiative japonaise qui vise à développer d'ici 2050 des robots dotés d'IA avancée, un projet qui recoupe les ambitions actuelles autour des robots humanoïdes et de l'automatisation cognitive. Aujourd'hui basé en Égypte, où il poursuit ses activités de recherche, Fukuda continue de jouer un rôle de passeur entre générations et zones géographiques dans une discipline où les États-Unis, le Japon et désormais la Chine se disputent le leadership technologique. Habitué à remettre des prix en tant qu'ancien président et maître de cérémonie de l'IEEE, il confie avoir trouvé inhabituel de se retrouver cette fois du côté des récipiendaires.




