
CASIA ajoute le toucher au bout des doigts à l'insertion robotique : le taux de réussite à 0,05 mm de jeu passe de 52 % à 67 %
Des chercheurs de l'Institut d'automatisation de l'Académie chinoise des sciences (CASIA), dans l'équipe de Long Cheng avec notamment Xinpan Meng, Houcheng Li et Zhenghua Ma, ont montré qu'un capteur tactile au bout des doigts améliore l'insertion de pièces dans des trous à très faible jeu. Les travaux, acceptés à IROS 2026 et publiés sur arXiv sous le titre « From Reach to Insert: Tactile-Augmented Precision Assembly under Sub-Millimeter Tolerances », séparent la tâche en deux étapes. Une politique d'approche, entraînée par apprentissage par imitation (Diffusion Policy), saisit un pion placé aléatoirement et l'amène près du trou. Une politique d'apprentissage par renforcement de type Soft Actor-Critic réalise ensuite l'insertion et sait se rétablir après un échec en cours de contact. L'architecture est asymétrique : l'acteur s'appuie surtout sur la vision, pour rester léger au déploiement, tandis que le critique reçoit le retour tactile pour mieux évaluer les actions. Le banc d'essai associe un bras Franka Emika Panda à 7 DoF, un capteur tactile six axes PaXini PX-6AX GEN3 au bout du doigt, une caméra RealSense au poignet et une seconde pour la vue globale. Cinq formes de trou (carré, rond, hexagonal, en L, triangulaire) ont été testées avec des jeux de 1 mm, 0,25 mm et 0,05 mm. L'imitation seule atteint 76 % de réussite en moyenne à 1 mm, 24 % à 0,25 mm et 0 % à 0,05 mm. À 0,05 mm, l'imitation couplée au renforcement sans toucher réussit 52 % du temps ; avec le critique tactile et l'échantillonnage groupé, on passe à 67 %, avec un pic de force d'interaction réduit de 60 % et un pic de couple réduit de 44 %.
L'intérêt tient moins au gain de réussite qu'à l'endroit où le toucher est injecté. Le capteur n'est exploité que pendant l'entraînement, via le critique, alors que la politique déployée reste principalement visuelle. C'est un compromis pragmatique : l'insertion de précision souffre d'occlusions, car la pince et la pièce masquent la caméra au moment décisif, et la perception tactile coûte cher à embarquer et à calibrer. Le résultat suggère qu'on peut capter une partie de la valeur du tactile sans en faire une dépendance de production. La réduction des efforts de contact (-60 % de force, -44 % de couple) compte autant que le taux de réussite pour les intégrateurs, car elle ménage les pièces et les outillages. Il faut toutefois relativiser : 67 % reste très loin d'un seuil industriel, qui se situe plutôt au-delà de 99 %. Les tests portent sur un bras de laboratoire et des pions géométriques simples, dans un cadre de recherche, sans cadence ni durée d'exécution publiées, et les chiffres ne sont pas indépendamment reproduits. La méthode de ligne de base tactile, estimée après la saisie et avant le contact, répond en revanche à un vrai problème pratique : chaque prise laisse le capteur avec une lecture initiale différente.
Ce travail s'inscrit dans la montée en puissance des politiques de manipulation apprises, où l'imitation fournit un bon point de départ et le renforcement affine la phase de contact. Le capteur a été fourni dans le cadre d'une collaboration de recherche avec PaXini Tech, ce qui illustre l'essor des acteurs chinois du tactile multiaxe aux côtés des laboratoires qui les utilisent. La publication est un résultat académique, pas un produit ni un pilote : aucun déploiement n'est annoncé. Les suites logiques seront des essais sur des pièces industrielles réelles, avec des matériaux et des géométries moins idéalisés, ainsi qu'une validation sur d'autres bras et capteurs. La présentation à IROS 2026 permettra de voir si d'autres équipes reproduisent le gain à 0,05 mm, jeu où l'imitation seule échoue totalement.
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