
Tsinghua, Infinigence AI et AgiBot entraînent 96 robots réels à apprendre de l'expérience des uns et des autres
Des chercheurs de l'université Tsinghua, d'Infinigence AI et d'AgiBot ont présenté le Collective Experience Learning (CEL), une méthode d'entraînement dans laquelle les robots apprennent des réussites des autres robots plutôt que, principalement, de démonstrations humaines. L'approche a été validée sur un cluster de 96 robots réels, selon un communiqué relayé par QbitAI le 30 octobre, et l'article associé figure sur arXiv sous la référence 2610.25736. Cinq tâches domestiques et industrielles ont été testées : composition florale, pliage de vêtements, recharge d'un téléphone, assemblage d'un tabouret et emballage d'un téléphone. Deux robots n'ayant pas participé à l'entraînement ont réalisé 600 essais pour 15 échecs, soit 97,5 % de réussite globale, avec des taux supérieurs à la moyenne de six opérateurs humains sur chacune des cinq tâches. Sur l'emballage de téléphone, tâche industrielle à étapes multiples, la réussite passe de 79,2 % à 98,3 % après apprentissage collectif, avec deux échecs sur 120 exécutions consécutives. À temps d'entraînement réel identique, passer de 16 à 96 robots fait monter le taux de 86,7 % à 98,3 %. L'ensemble repose sur FATS, un système d'entraînement asynchrone tolérant aux pannes bâti sur le framework open source d'apprentissage par renforcement RLinf, et sur FERT, un algorithme de réglage fin guidé par les échecs. Le cluster a collecté 9 834 épisodes ; 22 robots ont subi 30 pannes, mais le temps robot perdu n'a représenté que 1,3 % du temps total de fonctionnement.
L'enjeu est celui du goulot d'étranglement humain. Aujourd'hui, améliorer une politique robotique en conditions réelles suppose qu'un opérateur démontre le geste à répétition ou corrige les erreurs, et on peut déployer des centaines de robots sans pouvoir multiplier les opérateurs expérimentés au même rythme. Si l'approche se confirme, la valeur d'une flotte ne tient plus seulement à ce qu'elle exécute, mais à ce qu'elle apprend : chaque unité supplémentaire contribue au corpus d'expérience au lieu de réclamer davantage de supervision. La courbe de passage à l'échelle de 16 à 96 robots va dans ce sens, et le chiffre de 1,3 % de temps perdu répond à une objection d'ingénierie très concrète, celle de la fiabilité d'un parc matériel hétérogène en entraînement continu. Le résultat sur l'emballage de téléphone, plus proche d'un poste d'usine que d'une démonstration de laboratoire, intéresse directement les intégrateurs.
Quelques réserves s'imposent. Les résultats sont ceux de l'équipe de recherche, le communiqué est fourni par Infinigence AI, et rien n'a été répliqué de façon indépendante. Cinq tâches, dont deux seulement sont industrielles, ne disent rien de la robustesse face à des variations d'environnement, de pièces ou de cadence, et la comparaison avec six opérateurs humains dépend de leur niveau et de la métrique retenue. Il s'agit d'un résultat de recherche, pas d'un produit livré ni d'un déploiement client. Le travail s'inscrit dans la montée en puissance d'AgiBot, qui a récemment présenté un aperçu de son modèle GO-3 en visant l'open source, face à des acteurs comme Figure, Tesla ou Physical Intelligence qui misent aussi sur l'apprentissage à partir de flottes de robots. La suite logique serait un test sur des sites de production réels, avec davantage de tâches et un code accessible, ce que l'équipe n'a pas annoncé à ce stade.
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