
Une seule caméra, 500 commandes par seconde : un drone de course atteint 100 km/h et surpasse les champions humains

Une équipe du MAVLab de la faculté d'ingénierie aérospatiale de l'université de technologie de Delft (TU Delft) affirme avoir conçu un drone de course autonome qui a battu trois anciens champions du monde humains ainsi que toutes les autres équipes autonomes lors de la compétition Abu Dhabi Autonomous Drone Racing Competition 2025, avec des pointes à environ 100 km/h (62 mph). Baptisé MonoRace, le système perçoit son environnement avec une seule caméra frontale et une centrale inertielle (IMU). Un réseau de neurones repère les portes du parcours dans chaque image, souvent floue et déformée à cette vitesse, tandis que l'IMU et un modèle de la dynamique du drone estiment position et mouvement, sans GPS ni capture de mouvement externe. Le logiciel gère aussi des perturbations réelles comme les interférences sur la caméra et la saturation des capteurs. Le pilotage repose sur un petit réseau de neurones entraîné par apprentissage par renforcement, qui produit directement les commandes moteur 500 fois par seconde sur la puce du contrôleur de vol, sans empilement de contrôleurs intermédiaires ni planification de trajectoire préalable. Les travaux sont publiés dans Science Robotics.
L'intérêt tient à la comparaison avec les systèmes autonomes précédents, qui s'appuyaient sur davantage de capteurs. Ici, la performance vient d'une perception minimale et d'un contrôle de bout en bout suffisamment léger pour tourner sur du matériel embarqué très contraint. Autre point notable : les organisateurs ont conçu et exploité à la fois le drone et le circuit, si bien que l'équipe n'en maîtrisait ni le matériel ni le tracé. Cela atténue le reproche habituel de démonstration taillée sur mesure, même si la course reste un environnement structuré, avec des portes connues à détecter, et que le résultat ne dit rien de la tenue dans des scènes ouvertes ou imprévisibles. Pour les ingénieurs et décideurs, le message est que l'on peut obtenir de la vitesse et de la robustesse en cherchant à tirer le maximum d'intelligence de ressources limitées plutôt qu'en ajoutant des capteurs et du calcul, ce qui joue sur le coût, la masse et la consommation. Selon Christophe De Wagter, l'objectif n'était pas de doter le robot de capteurs plus puissants, mais de mesurer ce que l'on peut extraire de moyens restreints.
La course de drones sert depuis des années de banc d'essai à l'IA robotique, car elle impose décisions rapides et marges d'erreur minimes. Le groupe de Delft, où le professeur Guido de Croon défend cette logique, y poursuit une ligne de recherche sur l'autonomie légère. Ici, l'optimisation visait la vitesse, mais l'équipe indique que la même approche pourrait privilégier l'efficacité énergétique ou la sécurité, du petit robot aspirateur aux immenses grues portuaires. Les chercheurs y voient des principes transposables aux véhicules, aux robots mobiles et, à terme, aux machines aériennes et humanoïdes, qui doivent décider vite avec un calcul embarqué réduit. Aucune commercialisation ni pilote industriel n'est annoncé : il s'agit à ce stade d'un résultat de recherche validé en compétition, non d'un produit livré ni d'un déploiement réel. Les prochaines étapes à surveiller sont la généralisation hors des portes de course et le transfert vers des tâches où l'on privilégie la sûreté et la sobriété plutôt que la vitesse pure.
Travaux menés par TU Delft (Pays-Bas, UE) sur l'autonomie légère, transposables à la robotique européenne embarquée, sans acteur français impliqué.




