
La Chine propose un nouveau char sous-marin capable d'opérer sous l'eau jusqu'à deux heures
Des chercheurs chinois de l'Inner Mongolia First Machinery Group, filiale spécialisée dans les chars et véhicules blindés du pays, et du Beijing Institute of Technology proposent quatre types d'équipements de combat modulaires, capables de changer de configuration pour opérer sur terre, dans l'eau, dans les airs et dans le spectre électromagnétique. Publiée dans la revue à comité de lecture Acta Armamentarii, l'étude vise l'évolution de la guerre blindée entre 2030 et 2050. Une configuration "char sous-marin" fonctionnerait jusqu'à 50 mètres (164 pieds) de profondeur pendant deux heures, avec un changement d'environnement en 12 minutes. Le module terrestre central viserait au moins 70 km/h sur route, 40 km/h en tout-terrain et 600 km d'autonomie (373 miles) grâce à une motorisation hybride. Côté tests, le temps moyen de connexion d'un module serait de 8,7 secondes, avec 98,3 % de réussite sur 1 000 essais, de -20 à 50 °C, sous fortes interférences électromagnétiques et sur terrain boueux. L'alimentation des charges utiles à haute énergie resterait stable à plus ou moins 3 %. Les auteurs projettent aussi le franchissement de 30 obstacles par minute grâce à l'assistance de drones et une réduction de 60 % du temps d'opération de débarquement.
L'enjeu porte moins sur le char amphibie que sur la logique de reconfiguration rapide. Selon les chercheurs, un véhicule conventionnel met plus de 45 secondes à passer de la reconnaissance à la frappe, et sa capacité à intercepter plusieurs cibles chuterait de 89 % à 38,6 % lors d'une attaque de drones de 10 secondes. L'objectif est de ramener le cycle OODA (observer, s'orienter, décider, agir) à neuf secondes, soit un gain d'un facteur cinq. Il faut toutefois lire ces chiffres avec prudence. Les essais publiés valident la connexion des modules, pas la performance sous l'eau : l'article ne donne ni vitesse ni portée en immersion, et les 164 pieds sur deux heures restent une cible de conception. Les gains annoncés par rapport aux véhicules modulaires existants, dont le Boxer allemand, sur cinq axes, ainsi que la baisse d'environ 40 % du coût sur l'ensemble du cycle de vie, sont également des projections et non des mesures. Les auteurs parlent de prototypes et d'essais de terrain qui rapprochent le concept d'une application d'ingénierie et d'une "validation orientée combat", ce qui reste très en deçà d'un produit livré ou d'un déploiement.
Ce travail s'inscrit dans la réflexion des armées sur la vulnérabilité des plateformes blindées face aux drones et aux munitions rôdeuses, mise en évidence par les conflits récents. La modularité est déjà exploitée par le Boxer de l'allemand KNDS/Rheinmetall, référence explicitement citée, mais ses modules de mission restent à l'échelle du véhicule, sans la reconfiguration en quelques secondes revendiquée ici. L'idée d'un blindé pouvant approcher une côte en immersion avant de basculer en mode terrestre rejoint des débats anciens sur les assauts amphibies, mais sans équivalent opérationnel connu à cette profondeur et cette durée. La suite dépend de campagnes d'essais complémentaires, en particulier sous l'eau, pour établir si les quatre équipements tiennent leurs promesses en conditions opérationnelles. Aucun calendrier de programme ni de commande n'a été annoncé, et le papier académique ne dit rien d'une éventuelle intégration dans les forces chinoises.
Impact indirect : l'étude cite le Boxer de KNDS/Rheinmetall comme référence de comparaison, mais aucun déploiement ni programme européen n'est concerné.




