
Le FiberMotor, fin comme un fil, coulisse comme un télescope pour animer robots souples et vêtements connectés

Des ingénieurs de l'EPFL, en Suisse, ont mis au point le FiberMotor, un moteur linéaire en forme de fil, de 1 à 3 mm de diamètre, qui convertit directement l'énergie électrique en mouvement. Le dispositif repose sur deux fibres creuses concentriques, autour de chacune desquelles est enroulé un fil de cuivre isolé à peine plus épais qu'un cheveu. Lorsqu'une tension est appliquée, des forces électrostatiques tirent à répétition les fibres vers l'alignement, ce qui fait coulisser la fibre intérieure dans l'extérieure, à la manière d'un télescope. Les résultats, publiés dans Advanced Materials sous le titre « Fiber-Format Flexible Linear Electrostatic Motors », restent à l'échelle du laboratoire : un seul moteur supporte une charge statique d'environ 75 g, et quatre moteurs regroupés soulèvent une barre chocolatée de 46 g et fléchissent un doigt robotique à tendons. Les chercheurs ont aussi intégré le dispositif dans un prototype de vêtement épousant un genou. Herbert Shea, responsable du Soft Transducers Laboratory, le présente comme le premier moteur coulissant au format fibre, silencieux, souple et bidirectionnel.
L'intérêt tient à un verrou connu de la robotique portable : le mouvement linéaire (soulever, pousser, tirer) exige d'ordinaire des moteurs rotatifs associés à des engrenages et transmissions rigides et encombrants. Les muscles artificiels existants sont limités par la capacité de leur matériau à s'étirer, se contracter ou se courber, alors que la course du FiberMotor n'est bornée que par la longueur des fibres. Sans engrenage, il est en outre rétro-entraînable : si le porteur bouge à contre-sens, les fibres glissent l'une sur l'autre au lieu de se bloquer, ce qui facilite la cohabitation avec le mouvement humain et la sécurité. Il faut toutefois relativiser : 75 g de charge statique ou 46 g soulevés sont très loin des efforts requis par un exosquelette d'assistance, et l'article ne donne ni course, ni vitesse, ni rendement, ni tension de fonctionnement, ni durabilité. L'approche consiste à miser sur le nombre, en distribuant de nombreux fils dans un textile plutôt qu'en concentrant la force dans une unité rigide. Le passage à l'échelle de la force reste à démontrer.
Ces travaux prolongent ceux du laboratoire en 2023, qui avait présenté ce qu'il décrivait comme la première pompe au format fibre, cousable dans des textiles intelligents pour faire circuler des fluides à des fins de thermorégulation et de retour haptique. L'équipe veut désormais améliorer performances et durabilité grâce à des électrodes encore plus fines, composées en majorité d'isolants, et à des matériaux optimisés. Elle prévoit aussi d'intégrer des données de position et de mouvement du porteur afin que le moteur s'adapte rapidement à son intention. Les applications visées sont les exosuits souples d'aide à la mobilité, les systèmes haptiques portables pour la réalité virtuelle et les prothèses légères. Le premier auteur, Sylvain Schaller, a déjà fondé la start-up Elecsyor pour commercialiser la technologie, sans calendrier annoncé. Le projet est financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et la Fondation Novo Nordisk. Il s'inscrit dans le champ des actionneurs souples et textiles, où se côtoient muscles artificiels fluidiques, électroactifs et à alliage à mémoire de forme, qui se heurtent chacun à des compromis entre force, course et robustesse.
Travaux d'un laboratoire suisse (EPFL, hors UE) sur des actionneurs textiles pour exosuits et prothèses, avec une spin-off Elecsyor, sans impact direct sur la France/UE à ce stade.
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