
Des machines se transforment en activistes : des robots manifestent, brandissent des drapeaux et scandent des slogans pour sauver des emplois humains
Une trentaine de robots ont défilé lundi dans les rues de Varsovie, agitant des drapeaux et diffusant par haut-parleurs des slogans enregistrés comme "Défendez les emplois" et "N'attendez pas, régulez", devant le ministère polonais des Affaires numériques. Le cortège mêlait humanoïdes bipèdes et robots quadrupèdes ressemblant à des chiens, encerclant le bâtiment ministériel. L'événement, organisé par l'initiative Democratism pour alerter sur les effets de l'IA et de la robotisation sur l'emploi, réunissait notamment un humanoïde Agibot A3, qui a déclaré à l'AFP que ces machines visaient à montrer que cette technologie est déjà une réalité. Son organisateur, Grzegorz Kulis, directeur informatique d'une entreprise de robotique et dirigeant d'une agence pour l'emploi, ancien membre à deux reprises du Conseil du marché du travail polonais, a justifié le recours à de vrais robots par leur capacité déjà acquise à se déplacer seuls, ce qui les rendait selon lui aptes à "manifester pour elles-mêmes". Le ministre des Affaires numériques Krzysztof Gawkowski s'est rendu sur place et a jugé problématique la combinaison de modèles d'IA mal maîtrisés et de robots humanoïdes en constante évolution.
L'épisode illustre surtout l'écart entre mise en scène et autonomie réelle : les robots se contentaient de rejouer des messages préenregistrés dans un périmètre contrôlé, ce qui relève d'une démonstration de mobilité et d'un coup médiatique plus que d'une preuve d'agentivité ou de raisonnement. Pour les intégrateurs et décideurs industriels, l'événement rappelle que la navigation autonome en milieu urbain reste, pour ce type de plateformes, un argument de communication plus qu'une fonction déployée en production à grande échelle. Il révèle aussi un déplacement du débat : la crainte porte moins sur les tâches manuelles automatisées de longue date que sur le remplacement d'emplois cognitifs par l'IA générative couplée à des corps humanoïdes, un risque que les agences pour l'emploi commencent tout juste à anticiper.
La manifestation intervient quelques mois après la promulgation, en juillet 2026 par le président Karol Nawrocki, d'une loi transposant l'AI Act européen en droit polonais et créant une autorité nationale chargée de son application. Democratism, à l'initiative de l'événement, n'est pas un acteur industriel mais un collectif citoyen cherchant à provoquer un débat public, porté par une inquiétude que Kulis dit personnelle face à la vitesse du changement technologique. Aucun constructeur européen de robotique de service, tel que Wandercraft ou Pollen Robotics, n'apparaît dans cette opération, les humanoïdes utilisés provenant de fabricants asiatiques comme Agibot. L'épisode illustre une tension plus large en Europe : la régulation avance par textes comme l'AI Act, mais le rythme de déploiement commercial des robots et des modèles d'IA continue de devancer largement le débat public et législatif.
L'événement se déroule en Pologne, Etat membre de l'UE, peu après la transposition nationale de l'AI Act, et illustre l'écart entre le rythme de la réglementation européenne et celui du déploiement commercial des robots et de l'IA.
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