
Voir moins ne veut pas dire protéger : fuite de vie privée par les exports de perception robotique limités à la tâche
Des chercheurs publient TFPD (Task-Functional Perception Distillation), un cadre qui garde la perception brute d'un robot domestique en local et ne profile que les exports destinés aux planificateurs, services cloud, journaux ou pipelines d'apprentissage, en évaluant leur utilité pour la tâche, leur exposition directe et les risques d'inférence résiduelle. L'étude repose sur 120 scènes AI2-THOR avec des découpages train/validation/test disjoints par scène, une sélection d'attaquants figée à l'avance et des attaques adaptées à chaque représentation, testées sur la navigation, la vérification de collision et l'exécution d'objectifs orientés objets. Trois exports de navigation atteignent un taux de réussite identique de 1,000 et un ratio de chemin moyen de 0,898, mais leur "linkability" au niveau de la représentation varie de 0,532 à 0,970. Remplacer une étiquette de cible explicite par une région cible fait chuter le macro-F1 de catégorie de cible de 1,000 à 0,077 tout en maintenant un taux de réussite de 0,995, tandis qu'un lissage géométrique fait passer le macro-F1 de catégorie d'objet de 0,704 à 0,556, au prix d'une dégradation mesurable de l'utilité pour la détection de collision. Une réplication sur ProcTHOR confirme le constat central mais change le classement relatif des exports normalisés et topologiques.
Ces résultats intéressent directement les intégrateurs et décideurs qui déploient des robots domestiques : ils démontrent qu'atteindre une performance de tâche identique ne garantit en rien un niveau de confidentialité équivalent entre représentations de perception, et qu'il n'existe pas d'ordre universel de confidentialité entre suppression de champs et abstraction géométrique renforcée. Autrement dit, "voir moins de données brutes" ne signifie pas "voir de façon sûre" : des représentations en apparence appauvries peuvent rester hautement identifiables via la géométrie, la structure spatiale ou la sémantique résiduelle. Cela contredit l'hypothèse répandue selon laquelle limiter les données exportées suffit à protéger la vie privée, et impose une évaluation multi-risque spécifique à chaque tâche plutôt qu'une règle générique de minimisation.
Le travail s'inscrit dans la lignée des recherches sur la confidentialité en robotique domestique, un champ jusqu'ici centré sur la protection des flux de capteurs bruts (caméras, LiDAR) plutôt que sur les représentations structurées transmises en aval. Les auteurs positionnent TFPD comme un complément à ces approches, en ciblant spécifiquement les exports fonctionnels utilisés par les modules de planification et d'apprentissage, un angle mort identifié dans les pipelines actuels de robots d'intérieur. Les prochaines étapes annoncées incluent l'extension du protocole d'évaluation à davantage de types d'attaques et de représentations, ainsi qu'une validation sur des environnements physiques réels au-delà des simulateurs AI2-THOR et ProcTHOR utilisés dans cette étude.




