
Robotique : quand une erreur d’IA devient un risque physique
La revue scientifique Safety Science a publié en 2025 une étude portant sur 303 rapports d'accidents liés aux interactions entre humains et robots, dont ressortent sept grandes catégories d'incidents. Deux causes dominent particulièrement l'analyse : les activations inattendues des machines et les erreurs de capteurs, deux défaillances qui touchent directement au cœur de ce que l'industrie appelle désormais la Physical AI, c'est à dire l'intelligence artificielle appliquée au pilotage de bras robotiques, de robots mobiles et, à terme, d'humanoïdes. En parallèle, l'agence américaine OSHA a recensé 550 incidents impliquant des robots dans le secteur manufacturier : 33 % des victimes ont nécessité une prise en charge aux urgences et 2 % ont donné lieu à une hospitalisation, avec des blessures allant des coupures et contusions aux fractures. La maintenance et le nettoyage des robots ressortent comme des phases particulièrement exposées. Ces chiffres ne peuvent pas tous être attribués à l'intelligence artificielle, mais ils documentent ce qui se produit déjà lorsque humains et machines capables de mouvements puissants partagent un même espace de travail.
Ce changement de nature du risque a des conséquences directes pour les intégrateurs et les décideurs industriels. Un logiciel classique suit une logique déterministe et prévisible ; un système de Physical AI interprète son environnement en temps réel et adapte ses actions, ce qui constitue précisément sa valeur ajoutée mais aussi sa faille de sécurité. Une erreur de perception, par exemple une caméra qui identifie mal un objet ou une scène, ne produit plus une donnée erronée mais un mouvement physique incorrect, potentiellement dangereux pour un opérateur présent sur la trajectoire. Cela contredit l'hypothèse implicite selon laquelle les progrès des modèles vision-langage-action (VLA) suffiraient à rendre les robots plus sûrs à mesure qu'ils deviennent plus autonomes : l'autonomie de décision ajoute une variable difficile à certifier et à auditer, un enjeu central pour toute entreprise qui envisage de déployer des humanoïdes ou des robots collaboratifs en usine ou en entrepôt.
Cette question s'inscrit dans la montée en puissance rapide des humanoïdes et robots mobiles pilotés par IA générative, portée par des acteurs comme Figure, Tesla avec Optimus, ou les développeurs de modèles VLA de type Pi-0 ou GR00T. Face à cette course au déploiement, la sécurité fonctionnelle reste largement en retrait des annonces commerciales. La prochaine étape attendue par le secteur concerne l'émergence de standards de certification spécifiques à l'IA embarquée dans des systèmes physiques, un chantier que régulateurs et industriels commencent tout juste à ouvrir.
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