
Les fabricants chinois de robots répondent à la pénurie de main-d'œuvre au Japon
Lors de l'anniversaire d'un homme de 80 ans au Japon, deux robots humanoïdes chinois ont dansé sur scène avant que l'un d'eux ne tende un cadeau à l'invité, une image devenue emblématique de l'entrée massive des fabricants chinois sur le marché robotique japonais. Unitree compte désormais parmi les marques d'humanoïdes chinoises les plus connues au Japon, selon un ingénieur d'une société japonaise de logiciels pour humanoïdes, les clients trouvant de plus en plus l'entreprise plutôt que l'inverse. Selon Smart Analytics Global, les fabricants chinois ont représenté 97% des livraisons mondiales d'humanoïdes, soit environ 18 500 unités, au premier semestre 2026. Geek+ a lancé son premier projet à l'étranger au Japon dès 2017, le robot livreur BellaBot de Pudu a intégré des chaînes de restaurants, et la marque domotique SwitchBot équipe désormais plus de deux millions de foyers japonais. Hitachi s'est associé à UBTECH en mai 2026, et Unitree a signé un accord d'agence avec GMO AIR en juin 2026. Keenon a ouvert une filiale japonaise en 2022, avec plus de 200 points de support, et Dobot un bureau à Tokyo en 2023.
Cette expansion survient alors que le Japon, confronté à un vieillissement démographique marqué, cherche des solutions d'automatisation en entrepôt, restauration, domicile, automobile et aéroports. McKinsey projette une baisse d'environ 1,5 million de travailleurs disponibles sur les vingt prochaines années, et une enquête Reuters-Nikkei menée auprès de 220 entreprises montre que 34% d'entre elles utilisent déjà des robots dotés d'IA, prévoient de le faire, ou l'envisagent. Pour les fournisseurs chinois, réussir au Japon vaudrait démonstration que leurs plateformes de robots humanoïdes et de service passent de la vitrine médiatique au déploiement industriel réel, dans une économie réputée exigeante en intégration. Mais le marché n'est pas un raccourci facile: les clients japonais privilégient une automatisation compatible avec leurs processus existants, maintenue par des équipes locales et au retour sur investissement démontré, plutôt qu'un humanoïde spectaculaire mais isolé.
Le Japon reste une puissance industrielle de la robotique: ses fabricants ont dominé le groupe historique des "quatre grands" et fourni environ 45% des exportations mondiales de robots industriels en 2020. Les commandes de l'industrie robotique japonaise ont atteint 1,0456 trillion de yens en 2025, en hausse de 25,7%. Mais les usages récents en logistique et services exigent des équipements plus simples à déployer et adapter que les robots industriels classiques, une brèche que les acteurs chinois exploitent. Leur distribution passe par des maisons de commerce et des intégrateurs système, avec des cycles de vente souvent longs de plusieurs années. Pour les fabricants chinois, s'implanter durablement au Japon reste avant tout un test de patience et d'engagement à long terme, plus qu'une conquête de marché rapide.




