Position : la vie privée des robots comme travail de délimitation incarnée, entre capacités, contextes et réponses de conception
Un article de position publié sur arXiv (référence arXiv:2608.21410v1, déposé fin août 2026) propose un nouveau cadre d'analyse baptisé "embodied boundary privacy" (protection incarnée des frontières) pour penser la vie privée dans les interactions homme-robot du quotidien. Plutôt que de limiter la question aux flux de données, aux paramètres d'interface ou au consentement ponctuel, les auteurs soutiennent que la présence physique et les capacités d'action des robots redessinent en continu des frontières spatiales, corporelles, sociales et relationnelles. Le cadre croise sept capacités robotiques (déplacement, orientation, proximité, accès aux objets, présence à distance, expression sociale, entre autres) avec cinq contextes de déploiement, pour déterminer qui est affecté par un franchissement de frontière, comment il est interprété, et dans quelles conditions il devient conflictuel.
Pour l'industrie robotique et les intégrateurs qui déploient des robots dans des foyers, des bureaux ou des établissements de santé, ce travail déplace le centre de gravité du débat sur la vie privée : il ne suffit plus de chiffrer des données ou d'afficher une politique de confidentialité, il faut concevoir des mécanismes physiques et comportementaux. Les auteurs proposent notamment des points de contrôle de frontière, un pilotage de la détection sensible au point de vue de l'utilisateur, une divulgation explicite de la présence à distance en téléprésence, des règles d'accès différenciées au niveau des objets et du corps, des garde-fous contre une influence sociale trop persuasive du robot sur les choix de confidentialité, et un droit d'interruption locale pour l'utilisateur. Ces recommandations visent directement les concepteurs de robots humanoïdes et d'assistance, pour qui la confiance du public conditionne l'adoption à grande échelle, bien au-delà des seules garanties réglementaires sur les données.
Le travail s'inscrit dans la continuité de recherches antérieures en interaction homme-robot sur la détection, la collecte de données, la téléprésence, la transparence, le consentement, la sensibilisation des tiers présents et la gouvernance multi-parties prenantes, qu'il cherche à unifier sous un cadre commun plutôt qu'à les traiter séparément. Il s'adresse à la communauté de la recherche en interaction homme-robot, aux concepteurs de systèmes et aux régulateurs, en les invitant à considérer le mouvement, l'orientation, la proximité, l'accès aux objets, la présence à distance et l'expression sociale d'un robot comme des actions à part entière ayant un impact sur la vie privée, dont la signification dépend fortement du contexte d'usage. Publié comme contribution de recherche et non comme produit ou norme industrielle, ce cadre ouvre la voie à des travaux de conception et d'évaluation empirique futurs, sans qu'aucune implémentation concrète ne soit encore annoncée.
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