Unichem rachète Loomia pour accélérer son entrée sur le marché de la "peau" humanoïde
Unichem, fabricant coréen de matériaux basé à Ansan et fondé en 1976, a annoncé ce mois-ci l'acquisition de la totalité du capital de Loomia Technologies, start-up de Brooklyn spécialisée dans la "peau électronique" pour robots humanoïdes. La transaction porte sur environ 8,6 milliards de wons, soit près de 6 millions de dollars, représentant 6,5% du capital de Loomia, payés en plusieurs tranches : 4 millions de dollars en cash, 1 million en actions Unichem et 1 million sous forme d'earn-out conditionnel. L'opération doit se conclure le 15 octobre via une fusion triangulaire inversée avec une filiale nouvellement créée. Fondée en 2014 par la diplômée de Stanford Madison Maxey, Loomia a développé la technologie LEL (Loomia Electronic Layer), qui permet de coller des circuits électroniques flexibles sur du tissu ou du cuir sans le défaut de déconnexion à la flexion typique de l'électronique imprimée classique. L'an dernier, l'entreprise a lancé son premier kit de développement de capteurs tactiles, aujourd'hui en rupture de stock, et travaille avec l'équipementier industriel Festo. Elle est aussi membre du consortium NSF HAND ERC, aux côtés de Meta et Amazon Robotics. Maxey et Kim Han-joo, directeur scientifique d'Unichem, deviendront co-directeurs généraux de l'entité fusionnée, qui conservera tous les ingénieurs clés de Loomia comme pôle nord-américain de recherche et d'entrée sur le marché américain.
Cette opération illustre la montée du toucher comme brique technologique concurrente de la vision dans la robotique physique, un segment jusqu'ici dominé par les caméras et les modèles vision-langage-action. Pour les intégrateurs et fabricants de mains robotiques, elle signale qu'un fournisseur de cuir automobile mise désormais sur les capteurs tactiles comme relais de croissance face au ralentissement de son marché historique auprès d'équipementiers comme Volkswagen Group. La manœuvre reste toutefois à un stade précoce : il s'agit d'une acquisition capitalistique et d'une intégration industrielle annoncée, pas d'un déploiement de peau tactile sur des humanoïdes en production. Le véritable test sera la capacité du duo Unichem-R&Y à produire ces capteurs à l'échelle et à des coûts compatibles avec les volumes visés par les fabricants de robots humanoïdes.
L'accord s'appuie sur un partenariat préexistant entre Loomia et R&Y Corp, société de technologie automobile de rang 1 fondée en 2022, valorisée à plus d'un milliard de dollars et employant plus de 2000 personnes entre Bösel (Allemagne), Wixom (Michigan) et Changzhou (Chine), via sa filiale de Troy (Michigan), adossée à Rying Electronics. Les deux entreprises codéveloppent déjà un capteur capable de détecter simultanément la pression verticale et la force de cisaillement, avec l'objectif de le produire en série. Unichem entend combiner ses cinquante ans d'expertise en traitement du cuir avec la fine couche électronique de Loomia pour équiper aussi bien les intérieurs de véhicules de mobilité intelligente que les futurs projets d'IA physique de grands groupes technologiques mondiaux. Le mouvement s'inscrit dans une compétition naissante autour de la peau tactile pour humanoïdes, où d'autres acteurs, notamment en Europe, explorent des approches concurrentes sans qu'aucun standard ne se soit encore imposé.
Le site allemand de R&Y Corp a Bosel participe au co-developpement des capteurs tactiles avec Loomia, mais aucun acteur francais n'est implique et le marche reste a un stade precoce.
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