Des drones à griffes se posent sur des icebergs arctiques

Des chercheurs de l'Université de Sherbrooke, au Québec, ont développé un drone baptisé Ice Dart capable de se poser et de s'accrocher à des surfaces glacées extrêmement pentues, comme des icebergs et des glaciers. L'étude, publiée dans la revue IEEE Transactions on Field Robotics, décrit des essais menés dans le sud-est de l'Islande, sur le glacier Fjallsjökull, qui se déverse dans un lagon rempli d'icebergs, par des températures de 0 à 10 °C et des vents soutenus. L'appareil, en fibre de carbone et pesant seulement 2,65 kg, s'est posé avec succès sur des pentes atteignant 58 degrés, à des vitesses allant jusqu'à 3 mètres par seconde, avec un taux de réussite de 100 % même par vents de 30 km/h. Son train d'atterrissage comprend quatre pattes disposées en X, montées sur une articulation pivotante et équipées d'amortisseurs à friction formés de 38 disques qui dissipent l'énergie de l'impact. Chaque patte porte deux griffes rétractables, une plus large pour l'adhérence en descente et une plus fine pour la montée, qui ne se déploient qu'au moment de la compression de la suspension, un mécanisme inspiré des griffes de chat. Les travaux sont signés par Isaac Tunney, chercheur postdoctoral en génie mécanique et robotique et premier auteur de l'étude, et Alexis Lussier Desbiens, professeur de génie à l'Université de Sherbrooke et coauteur.
Cette capacité à se poser plutôt qu'à simplement survoler change la donne pour la surveillance de terrain en environnement extrême. Une fois posé, le drone réduit drastiquement sa consommation d'énergie, ce qui permet des périodes d'observation bien plus longues qu'en vol stationnaire, tout en devenant quasi silencieux et en réduisant sa signature thermique et radiofréquence lorsque ses systèmes principaux sont éteints. Pour le suivi des icebergs, un enjeu croissant avec l'intensification de l'activité en Arctique, cette approche pourrait compléter des méthodes plus lourdes comme le déploiement par hélicoptère, les balises larguées ou la détection par satellite et par navire, en apportant des observations continues sur plusieurs jours, voire plusieurs mois, directement depuis la glace. Pour les intégrateurs et opérateurs travaillant en environnements difficiles, la démonstration prouve qu'un atterrissage fiable sur une pente glacée instable de près de 60 degrés est techniquement atteignable avec un système léger et autonome, là où l'absence de site d'atterrissage sûr reste l'une des principales limites à l'usage des drones sur le terrain.
Ice Dart s'inscrit dans la continuité des travaux du laboratoire de robotique de l'Université de Sherbrooke, qui avait déjà mis au point des drones capables de se poser sur des camions en mouvement, des remorques, des bateaux et des toits pentus, en réutilisant ici le même principe de train d'atterrissage à amortisseurs à friction. Il s'agit d'un prototype de recherche validé par des essais de terrain réels en conditions arctiques et publié dans une revue à comité de lecture, et non d'un produit commercialisé ou d'un déploiement opérationnel. Les auteurs ne mentionnent pas de partenaire industriel ni de calendrier de commercialisation, mais présentent ces résultats comme une étape vers des drones capables de se poser presque n'importe où dans le monde, ce qui ouvrirait la voie à des missions de surveillance environnementale prolongées dans des zones polaires aujourd'hui difficiles d'accès.




