La nage intermittente améliore l'efficacité énergétique des mouvements d'un robot poisson
Une équipe internationale réunissant l'EPFL (Suisse), l'université Duke (États-Unis) et l'Instituto Superior Técnico (Portugal) a développé ZBot, un robot bio-inspiré reproduisant la nage larvaire du poisson-zèbre. Construit à une échelle 200 fois supérieure à l'animal réel, ZBot mesure 80 cm de long pour 2,8 kg, avec une queue flexible composée de six segments motorisés par servomoteurs imitant l'ondulation naturelle du poisson. Sa tête intègre un contrôleur central faisant office de système nerveux, des caméras haute précision et des capteurs de puissance en temps réel, avec des interfaces d'extension prévues pour des recherches complémentaires sur le traitement visuo-moteur et le système vestibulaire. L'équipe a couplé ce robot à un modèle neurocomputationnel simulant les circuits neuronaux du poisson-zèbre, articulé autour de générateurs de rythme central (CPG), d'un module de déclenchement de salve de nage et de neurones de projection spinale ventrale. Ce système accumule les signaux d'entrée via un intégrateur à fuite et ne déclenche l'ondulation de la queue qu'une fois un seuil atteint, reproduisant le cycle naturel de nage active courte suivie de planée passive, dite nage intermittente ou bout-and-glide. En ajustant fréquence, amplitude et seuil de déclenchement, ZBot reproduit plusieurs allures de nage larvaire, dont la nage droite lente, les virages de routine et les virages en J, testées en eau (viscosité 1 cP, nombre de Reynolds entre 64 000 et 160 000) et en liquide modérément visqueux (213,9 cP, Reynolds à partir de 37,4).
Cette recherche vise à démontrer que la nage intermittente, observée chez des espèces aussi variées que les larves de poisson-zèbre, les tétras à nez rouge, les carpes koï ou les baleines, offre un gain d'efficacité énergétique par rapport à la nage continue par ondulation permanente de la queue. Pour les robots aquatiques et plus largement pour la robotique mobile, l'enjeu est direct : réduire la consommation énergétique permet d'allonger l'autonomie, de diminuer la taille des batteries embarquées et donc de concevoir des systèmes plus légers et plus maniables. La démarche illustre une tendance de fond en robotique bio-inspirée, celle de transposer des stratégies locomotrices affinées par des milliards d'années de sélection naturelle plutôt que de s'appuyer uniquement sur l'optimisation algorithmique classique des trajectoires. En modélisant explicitement le mécanisme neuronal de commutation entre phases actives et passives, l'équipe propose un cadre transférable à d'autres plateformes robotiques nageuses.
Le projet s'inscrit dans le champ établi de la biorobotique aquatique, où plusieurs laboratoires explorent depuis des années des robots poissons pour étudier la propulsion ondulatoire, sans qu'un acteur unique ne domine encore ce segment de niche, contrairement au secteur des humanoïdes. ZBot se distingue par sa fidélité morphologique au poisson-zèbre larvaire, organisme modèle très étudié en neurosciences et en biologie du développement, ce qui permet à l'équipe EPFL-Duke-Instituto Superior Técnico de relier directement les résultats robotiques à des hypothèses biologiques sur le contrôle moteur. Le travail s'appuie aussi sur un jumeau numérique, simZFish, utilisé pour valider en simulation la réponse optomotrice guidée visuellement avant de la reproduire sur le robot physique. La plateforme, dotée d'interfaces capteurs extensibles, est conçue pour accueillir de futurs travaux de recherche plutôt que pour une commercialisation à court terme.
Le projet associe l'EPFL (Suisse) et l'Instituto Superior Técnico (Portugal), illustrant l'implication de la recherche europeenne en biorobotique aquatique, sans impact industriel ou reglementaire direct sur la France.




