
L'optimisation évolutive cerveau-corps échoue systématiquement à sélectionner le potentiel morphologique
Une équipe de recherche publie sur arXiv, sous la référence 2508.17464 (version 2, qui remplace une préprint antérieure), une étude qui cartographie de façon exhaustive un espace de conception de robots mous à base de voxels. Les chercheurs ont entraîné un contrôleur pour chacune des 1 305 840 morphologies possibles de cet espace, obtenant ainsi une carte quasi complète du paysage reliant forme du robot et performance. Cette connaissance exhaustive du paysage leur permet d'observer en détail comment se comportent réellement les algorithmes évolutionnaires chargés de faire évoluer conjointement le corps et le contrôleur d'un robot, plutôt que de déduire leur fonctionnement à partir de résultats finaux agrégés sur un échantillon partiel.
Le constat central est que les algorithmes de co-optimisation cerveau-corps testés ne parviennent pas, de manière fiable, à converger vers des solutions proches de l'optimum. La recherche reste parfois bloquée sur des morphologies situées à une seule mutation d'une solution meilleure : l'algorithme sous-évalue systématiquement les individus dont le corps vient d'être muté et élimine ainsi, prématurément, des morphologies prometteuses avant qu'elles aient pu exprimer leur potentiel via un contrôleur suffisamment entraîné. À l'inverse, l'étude montre que co-optimiser corps et contrôleur produit des couples morphologie-contrôleur capables d'atteindre des performances hors de portée d'une simple optimisation du contrôleur sur une morphologie fixe. Pour les équipes de recherche en robotique évolutionniste et en conception générative de robots, ce résultat nuance l'idée reçue selon laquelle des algorithmes évolutionnaires standards suffisent à explorer efficacement un espace de conception dès lors que le co-design est activé : le problème ne vient pas du principe du co-design lui-même, mais d'un biais de sélection précis qui pénalise les mutations morphologiques récentes.
Ce travail s'inscrit dans un champ ancien de la robotique évolutionniste, où la difficulté à faire évoluer simultanément forme et comportement est documentée depuis les premières créatures virtuelles évolutives des années 1990, et plus récemment via les plateformes de robots mous à base de voxels utilisées comme bancs d'essai standardisés pour ce type d'expérience à grande échelle. En cartographiant intégralement un espace de plus d'un million de morphologies plutôt qu'un échantillon, les auteurs fournissent une base empirique rare pour trancher des débats jusque-là fondés sur des observations partielles, et ouvrent la voie à des algorithmes de sélection corrigés pour tenir compte du biais identifié contre les corps récemment mutés.
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