Le doigt du robot ressent en couleur
Une équipe de chercheurs européens a mis au point un doigt robotique doté d'une peau synthétique capable de "voir" la texture et la pression par changement de couleur, avec une résolution de 100 micromètres et sans latence de calcul. Le projet réunit le Queen Mary University of London, l'Université de Florence, l'Université de Trieste et l'Université de Trento. L'idée revient à Giacomo Sasso, chercheur postdoctoral dans le laboratoire de Federico Carpi à Queen Mary, qui s'est appuyé sur un matériau "mécanochrome" décrit dans la revue Nature. En exposant un film photosensible à un laser rouge de 635 nanomètres et 5 mégawatts pendant sept minutes, Sasso a créé un réflecteur de Bragg : une structure à couches alternées de densité et d'indice de réfraction différents. Quand ce réflecteur est déformé par un contact, ses couches s'amincissent et changent la longueur d'onde de lumière réfléchie, du rouge (faible déformation) au vert puis au bleu (déformation maximale). Ce réflecteur est intégré dans un doigt en silicone transparent équipé d'une caméra et d'une LED internes, avec une couche externe noire pour maximiser le contraste des couleurs captées. L'équipe a déjà généré des cartes topographiques d'un bout de doigt humain, d'une pièce d'un cent et d'une feuille.
Cette approche change la donne pour le toucher robotique, un domaine où la plupart des capteurs tactiles doivent multiplier les points de mesure de pression et de force pour reconstituer une surface, au prix d'un traitement de données lourd et lent. Ici, la couleur seule encode directement la topologie, la déformation et la pression de contact, ce qui élimine le goulot d'étranglement computationnel et ouvre la voie à une perception tactile en temps réel bien plus fine que ce qu'offrent les capteurs à base de grille de capteurs de force. Rich Walker, directeur de Shadow Robot, la plus ancienne entreprise robotique britannique et spécialiste des mains robotiques, a qualifié la méthode de radicalement différente des approches existantes. Pour les intégrateurs travaillant sur la manipulation fine (préhension d'objets fragiles, tri, chirurgie assistée), un tel niveau de résolution sans surcoût de calcul pourrait combler un écart réel entre les démonstrations en laboratoire et les usages industriels, où la vitesse de traitement tactile reste un facteur limitant.
Le projet est encore au stade de recherche académique, sans annonce de commercialisation ni de partenaire industriel identifié à ce jour. Sasso a mis moins d'une semaine à reproduire le matériau en laboratoire après être tombé sur l'article de Nature en cherchant des solutions optiques pour le toucher robotique. Les prochaines étapes concerneront probablement l'intégration du capteur sur des mains robotiques complètes et la comparaison de ses performances face aux technologies concurrentes de peau tactile, notamment les capteurs capacitifs ou piézorésistifs déjà utilisés par des acteurs comme Shadow Robot.
Recherche menée par un consortium universitaire britannique et italien (Queen Mary, Florence, Trieste, Trento), qui renforce l'expertise scientifique europeenne en perception tactile robotique, mais sans partenaire industriel ni retombee commerciale identifiee a ce stade.




