Contrôle prédictif basé sur le nombre de Strouhal pour une locomotion efficace par battement de nageoires multiples
Des chercheurs ont développé un système de contrôle prédictif (Model Predictive Control) sensible au nombre de Strouhal pour piloter un véhicule sous-marin autonome propulsé par quatre nageoires souples battantes. Le nombre de Strouhal, un paramètre adimensionnel qui régit l'efficacité de la propulsion ondulatoire chez les poissons et autres nageurs biologiques, sert ici de guide explicite dans la fonction objectif du contrôleur. Le modèle hydrodynamique quasi-stationnaire intègre une pénalité pour tout écart par rapport à la fenêtre optimale de Strouhal (0,25 à 0,35), et le problème d'optimisation non convexe qui en résulte est résolu via une méthode en deux étapes, combinant échantillonnage et descente de gradient, tournant embarquée à 25 Hz. Lors d'essais en bassin et sur le terrain, le contrôleur a maintenu chaque nageoire dans ce corridor optimal tout en suivant précisément les forces commandées, avec une réduction moyenne de la puissance mécanique de 8,8% à 32% sur la plage de croisière de 0,1 à 0,3 m/s. Le système permet aussi d'atteindre 0,4 m/s, une vitesse inaccessible pour un contrôleur de référence basé sur un modèle inverse classique.
Ce résultat est significatif pour la robotique sous-marine et plus largement pour les systèmes à locomotion oscillante: il démontre qu'incorporer un principe physique de premier ordre, validé empiriquement dans le règne animal, directement dans l'objectif d'un contrôleur MPC permet des gains d'endurance tangibles sans sacrifier l'agilité. Pour les concepteurs d'AUV et de robots bio-inspirés, cela ouvre une voie générique vers une locomotion économe en énergie, un enjeu critique pour l'autonomie des missions sous-marines longue durée où chaque watt compte.
Le travail s'inscrit dans la lignée des recherches en hydrodynamique bio-inspirée qui cherchent depuis des décennies à traduire les régularités observées chez les poissons en règles de contrôle exploitables. Les approches précédentes reposaient souvent sur des modèles inverses conventionnels, plus simples mais incapables d'exploiter pleinement la physique des écoulements aux vitesses élevées. En couplant explicitement la contrainte de Strouhal à un cadre de contrôle prédictif temps réel, cette approche ouvre la voie à des robots multi-nageoires de nouvelle génération, avec des perspectives d'extension à des configurations de nageoires plus complexes ou à d'autres modes de propulsion oscillante.




