
Avant son IPO à Hong Kong, la start-up d'un doctorant de Harbin vaut 10 milliards, un fondateur sur trois reste
Le fabricant chinois de robots Rokae (珞石机器人) a clôturé le 6 juillet 2026 son introduction en bourse à Hong Kong, prix fixé à 38 dollars hongkongais par action, valorisant l'entreprise à 9,95 milliards HKD pour une levée de 875 millions HKD, dont 31,4% souscrits par cinq investisseurs pierre angulaire. Basée à Zoucheng, dans le Shandong, mais fondée par une équipe pékinoise, la société visait d'abord une cotation sur le marché continental avant d'abandonner ce projet mi-2025 au profit de Hong Kong. Son chiffre d'affaires est passé de 267 à 522 millions de yuans entre 2023 et 2025 (+60,4% sur la dernière année), porté par les robots industriels (43,1% du CA), les bras collaboratifs souples (26,5%) et surtout les robots dits à "intelligence incarnée", passés de 2,76 à 47 millions de yuans en deux ans. La marge brute globale reste faible à 21,9%, et celle de l'intelligence incarnée a chuté de 30,6% à 10,7% faute de maîtrise des coûts de production de son nouveau bras humanoïde à retour d'effort AR. L'entreprise a perdu 179 millions de yuans en 2025, plus de 500 millions cumulés en trois ans, et sa trésorerie disponible ne s'élevait qu'à 14,8 millions de yuans fin 2025, le reste ayant été placé en produits de gestion et dépôts à terme.
Ce dossier illustre les tensions d'un secteur robotique chinois déjà saturé sur son cœur historique. Rokae ne pèse que 0,9% du marché des robots industriels, où elle arrive sixième et dernière des grands acteurs nationaux face à une guerre des prix installée. Sur les bras collaboratifs, sa position est plus solide: sixième par le chiffre d'affaires mais quatrième par les volumes, seule entreprise du top 6 à produire plus de 1 000 unités souples par an. C'est sur l'intelligence incarnée qu'elle cherche sa différenciation, avec la troisième place chinoise par le chiffre d'affaires sur les bras robotiques pour humanoïdes et une clientèle qui inclurait, selon elle, près de la moitié des dix entreprises chinoises de robotique incarnée les mieux valorisées. Mais la chute de marge sur ce segment en 2025 montre que la mise à l'échelle de la production de bras à retour d'effort reste un problème non résolu, loin des discours sur la maturité de ces technologies, un signal utile pour les intégrateurs qui évaluent ces fournisseurs.
Fondée en décembre 2014 par trois associés à parts égales, Rokae n'a conservé qu'un seul fondateur actif, Tuo Hua, 43 ans, doctorant en génie mécanique à l'institut de technologie de Harbin et titulaire de 111 brevets; ses deux cofondateurs ont cédé toutes leurs parts en 2021 et 2024. En dix ans, l'entreprise a bouclé dix tours de financement totalisant environ 1,46 milliard de yuans, le prix par action passant de 0,19 yuan à l'amorçage en 2015 à 22,18 yuans lors du tour pré-IPO de juin 2025, soit une multiplication par 117. Son actionnariat mêle fonds d'État chinois, capital-risque de premier plan comme Shunwei Capital ou Bosch, et une myriade de fonds publics locaux du Shandong. Au premier trimestre 2026, Rokae a lancé son module d'articulation à retour d'effort HSA pour robots humanoïdes et livré plus de 5 100 robots, dont plus de 2 000 unités d'intelligence incarnée, avec 577 millions de yuans de commandes en cours fin mars.




