FLYNN : réseau de neurones robuste pour la navigation robotique basé sur la topologie du cerveau de la mouche
Chercheurs en IA et neurosciences computationnelles ont développé FLYNN (Fly Connectome Neural Network), un réseau de neurones récurrent dont l'architecture est directement calquée sur le connectome à résolution synaptique de la mouche drosophile (Drosophila melanogaster), c'est-à-dire la cartographie complète des connexions entre ses neurones. Entraîné pour la navigation visuelle dans le simulateur MuJoCo, ce réseau atteint des performances comparables à celles de réseaux conçus manuellement avec un nombre de paramètres équivalent. Le résultat marquant concerne sa robustesse : FLYNN tolère bien mieux les données hors distribution et la perte de capteurs, sans nécessiter d'entraînement supplémentaire pour cela. Il reste fonctionnel même en cas de perte totale de la vision, là où les réseaux classiques échouent largement, y compris ceux spécifiquement entraînés avec des coupures de caméra simulées (camera dropout). Une analyse en composantes principales de l'activité interne du réseau suggère que cette résilience proviendrait d'un degré élevé de modularité représentationnelle, hérité de la structure biologique copiée.
Cette découverte bouscule une hypothèse implicite du secteur : que copier les contraintes d'un cerveau biologique pénaliserait forcément la performance brute d'un réseau artificiel. Ici, l'architecture bio-inspirée égale les réseaux optimisés à la main tout en gagnant en robustesse native face aux pannes de capteurs, un enjeu critique pour les robots mobiles déployés en environnement réel (poussière, contre-jour, défaillance matérielle). Pour les intégrateurs de robotique autonome, cela ouvre une piste alternative à l'ingénierie de robustesse par entraînement massif avec dropout ou randomisation de domaine : intégrer directement une topologie éprouvée par l'évolution comme a priori architectural, potentiellement moins coûteux en données et en calcul.
Ce travail s'inscrit dans la lignée des grands projets de cartographie du cerveau de la mouche à résolution synaptique, menés ces dernières années par des consortiums comme FlyWire, qui ont rendu ce type de données exploitables pour le machine learning. Il rejoint un courant plus large d'IA neuromorphique et bio-inspirée, en concurrence conceptuelle avec les réseaux de neurones à impulsions (spiking neural networks) sur puces neuromorphiques. À ce stade, il s'agit d'une preuve de concept en simulation, sans déploiement sur robot physique ni implication d'acteur industriel français ou européen ; les prochaines étapes attendues porteraient sur le transfert vers du matériel réel et l'extension à d'autres modalités sensorielles.




