
La puce 6 mW du MIT permet aux mini-drones de voir et cartographier leur environnement en temps réel
Des chercheurs du MIT ont présenté à l'IEEE VLSI Symposium un système-sur-puce baptisé Gleanmer, capable de construire des cartes 3D détaillées de l'environnement en temps réel avec une consommation d'environ 6 milliwatts. La puce cible les plateformes à très faible autonomie énergétique : micro-drones, robots embarqués, et potentiellement casques de réalité augmentée légers. Ses applications directes incluent la navigation en milieux confinés, systèmes de ventilation industriels, entrepôts, tunnels, où l'évitement d'obstacles est critique et où embarquer un GPU classique est hors de question. L'équipe, conduite par Vivienne Sze (professeure de génie électrique et informatique au MIT) et les co-premiers auteurs Peter Zhi Xuan Li et Zih-Sing Fu, a couplé le silicium à un algorithme de cartographie maison nommé GMMap. Plutôt que de recourir aux représentations voxel classiques (des millions de petits cubes), GMMap modélise l'espace avec des ellipsoïdes gaussiens flexibles qui encodent les surfaces courbes et les espaces ouverts en consommant nettement moins de mémoire. L'algorithme traite chaque image de profondeur en un seul passage et peut fusionner les gaussiennes redondantes, celles générées quand le robot observe le même objet sous plusieurs angles, sans avoir à relire les données brutes. Résultat : seuls quelques pixels doivent résider en mémoire à tout instant, et la majeure partie des données actives tient dans la SRAM on-chip rapide, évitant les accès coûteux à une mémoire externe.
Ce niveau de frugalité est significatif pour le secteur. Gleanmer consomme environ 2,5 % de l'énergie exigée par la meilleure puce de cartographie existante selon les benchmarks publiés par l'équipe, et réduit la consommation de la planification de trajectoire sans collision à environ 20 % de la référence habituelle. Pour les intégrateurs qui travaillent sur des plateformes à budget énergétique serré (nano-drones de 50 g, robots d'inspection en tube, wearables industriels), la différence entre 250 mW et 6 mW n'est pas marginale : elle conditionne la durée de mission et le dimensionnement de la batterie. La puce a également démontré sa capacité à reconstruire des obstacles et espaces libres en direct à partir du flux vidéo d'une caméra iPhone, ce qui ouvre une voie vers des prototypes rapides sans matériel dédié.
Le MIT n'est pas seul sur ce terrain. Intel Labs, Qualcomm et plusieurs startups spécialisées en edge AI (Syntiant, Perceive) travaillent à réduire l'empreinte des pipelines de perception embarquée. Mais l'angle co-design algorithme-hardware du groupe de Vivienne Sze, déjà connu pour des travaux similaires sur les accélérateurs de réseaux de neurones, distingue Gleanmer d'une approche purement matérielle. Les chercheurs envisagent de rapprocher davantage les ressources de calcul des capteurs pour gagner encore en efficacité lors des prochaines itérations, et explorent si les représentations gaussiennes pourraient aussi accélérer le traitement de plans techniques et de schémas complexes, au-delà du seul domaine robotique. Aucun calendrier de commercialisation ni partenaire industriel n'ont été annoncés à ce stade.




