
SEER Robotics vise la bourse de Hong Kong : cinq points clés du prospectus
SEER Robotics (仙工智能, code 06106.HK) a ouvert son carnet de souscription à la Bourse de Hong Kong le 15 juin 2026, au prix d'introduction de 101,60 dollars hongkongais par action, pour une capitalisation initiale de 11,23 milliards HKD (environ 9,7 milliards RMB). L'entrée en bourse, prévue pour le 24 juin 2026, se fait sous le régime 18C réservé aux sociétés technologiques spécialisées, avec CICC comme sponsor exclusif et CMB International comme coordinateur global. La société, fondée en 2020 à Shanghai, fabrique des contrôleurs pour robots mobiles industriels (AMR) et revendique selon le cabinet Frost & Sullivan la première place mondiale en volume de ventes, avec 24,8 % de part de marché mondial et 45,2 % en Chine. Son chiffre d'affaires est passé de 249 millions RMB en 2023 à 442 millions en 2025, soit un TCAC de 33,2 %. La perte nette ajustée (hors stock-options, norme non-IFRS) s'est réduite de 20,9 millions RMB à 2,87 millions sur la même période, soit un taux de perte ajusté de 0,6 %. En base IFRS, la perte reste à 47 millions RMB en 2025, soit un taux réel de 10,7 %. La trésorerie opérationnelle est négative deux années de suite (-24,9 M RMB en 2024, -27,8 M en 2025), et le délai de recouvrement des créances s'est allongé de 61 à 111 jours.
L'architecture économique de SEER mérite d'être lue attentivement : le contrôleur SRC (séries 880, 2000, 3000FS) génère une marge brute de 79,8 %, le logiciel (MWMS, RDS, Meta-Map Pro) atteint 89,3 %, mais ces deux segments ne représentent que 24,6 % du chiffre d'affaires combiné. C'est la vente de robots complets, 3 168 unités à un prix moyen de 94 700 RMB, qui porte 67,9 % des revenus, avec une marge brute de seulement 38,4 %. Résultat : SEER est le numéro un mondial du contrôleur, mais son compte de résultat est structurellement plombé par le volume de robots entiers à faible marge. La stratégie est cohérente sur le papier, vendre le robot pour embarquer le contrôleur, puis monétiser l'écosystème logiciel, et la fidélisation clients progresse (44,9 % de clients récurrents, 60 % du chiffre d'affaires). Mais avec 82,7 % des revenus concentrés sur le marché intérieur chinois, la dépendance géographique reste une fragilité réelle dans le contexte actuel des chaînes d'approvisionnement.
SEER a levé au total environ 283 millions RMB en quatre tours (Série A novembre 2020, A+ avril 2021, B janvier 2022, C avril 2025), attirant GLP Zhuhai Yinshan, Ecovacs (603486.SS), IDG Capital et SAIF Partners. Les investisseurs du tour A, entrés à un coût ajusté de 3,72 RMB par action, ont une décote de 95,8 % par rapport au prix d'introduction : leurs plus-values latentes dépassent les vingt fois. Le fondateur Zhao Yue, ingénieur en contrôle de l'Université de Zhejiang, double champion du monde RoboCup 2013-2014, conserve 47,86 % du capital post-IPO. La valorisation affichée, 22 fois le chiffre d'affaires 2025, est la plus élevée de la catégorie (Geek+ cote à 9x, Estun à 4-5x), justifiée par la marge brute globale de 48 % et la position de leader sur les contrôleurs. Le flottant effectif au premier jour sera très étroit : seulement 9,5 % d'actions publiques, dont 4,12 % verrouillées par huit investisseurs cornerstones incluant Hillhouse HHLRA et Guangfa Fund pour six mois. Un flottant fin amplifie mécaniquement la volatilité à la hausse comme à la baisse. La vraie question pour les investisseurs industriels est de savoir si SEER peut défendre sa part de marché sur les contrôleurs face à une concurrence croissante, tout en améliorant la rentabilité de son activité robots, sans quoi un multiple de 22x restera difficile à justifier sur la durée.
L'IPO de SEER à Hong Kong signale la montée en puissance des fournisseurs chinois de contrôleurs AMR à faible coût, ce qui pourrait intensifier la pression concurrentielle sur les intégrateurs et fabricants européens de robotique mobile industrielle à moyen terme.




