Robot bipède DIY : des muscles pneumatiques à la place des moteurs

En 1987, Richard Greenhill, photographe britannique autodidacte passionné de robotique, lance dans son grenier londonien un projet qui n'intéresse personne chez son employeur de l'époque, la startup Intergalactic Robots : construire un humanoïde bipède de taille réelle. Il réunit chaque mercredi soir une douzaine d'enthousiastes, baptisés le Shadow Group, qui assemblent des composants récupérés dans des imprimantes et des déchetteries. Leur machine principale, le Shadow Walker, repose sur un squelette en bois d'érable inspiré des atlas médicaux d'anatomie humaine, dessiné par David Buckley, spécialiste de la robotique et de l'animatronique. Plutôt que des moteurs électriques, Greenhill opte pour 28 muscles pneumatiques, une variante des muscles de McKibben inventés dans les années 1950, qui se contractent ou s'étendent sous air comprimé. Ces actionneurs sont répartis sur huit articulations (hanches, genoux, chevilles, orteils), offrant 12 degrés de liberté. Le robot mesure 168 cm, pèse 38 kg et intègre dans son torse les électrovannes, l'électronique et les interfaces informatiques. L'équipe parvient à lui faire tenir debout et à maintenir son équilibre, y compris après de légères poussées. La marche, en revanche, reste hors de portée.
Ce projet illustre un paradoxe structurant des débuts de la robotique humanoïde : la station debout et l'équilibre statique sont des problèmes résolubles avec des moyens modestes, mais la locomotion dynamique exige une fiabilité de capteurs et d'actionneurs que les composants de récupération ne peuvent garantir. Rich Walker, recruté adolescent dans le groupe, tente d'utiliser des réseaux de neurones pour résoudre le problème de l'équilibre, une approche qui anticipe d'une trentaine d'années les architectures d'apprentissage par renforcement aujourd'hui au coeur des locomotion controllers de Boston Dynamics ou Agility Robotics. Les obstacles rencontrés, notamment la défaillance fréquente des valves pneumatiques et la fragilité générale du châssis, documentent en creux pourquoi les muscles artificiels pneumatiques ont largement cédé la place aux actionneurs électriques dans les humanoïdes commerciaux contemporains.
Le Shadow Walker émerge dans un contexte d'effervescence institutionnelle : 1987 voit simultanément la création de l'IEEE Robotics and Automation Society et de l'International Federation of Robotics. Sur le plan industriel, Honda travaille depuis 1986 sur ses robots expérimentaux de la série E, dont les travaux conduiront au P2 (1996, 183 cm, 210 kg, premier humanoïde à marche autonome stable) puis à ASIMO. L'approche pneumatique du Shadow Group, documentée par Rich Walker dans une note technique publiée en 1999 sur le site de David Buckley, reste une référence de niche pour les chercheurs explorant les actionneurs bio-inspirés à compliance variable, un domaine qui connaît un regain d'intérêt dans les laboratoires travaillant sur la sécurité humain-robot en manipulation industrielle.
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