
Système de robotique bio-hybride à l'écoute des insectes cyborgs pour un contrôle collaboratif

Des chercheurs de l'Osaka University School of Engineering, dirigés par Keisuke Morishima, ont présenté une nouvelle plateforme de contrôle pour insectes cybernétiques baptisée Insect Synergy Circuit (ISC). Concrètement, des blattes de Madagascar (Gromphadorhina portentosa) ont été équipées d'un backpack embarqué léger capable de mesurer en temps réel leur rythme cardiaque, leur activité neurale et leurs mouvements corporels. Des algorithmes de machine learning entraînés sur cinq scénarios distincts, activité normale, exposition aux UV, exposition chimique, chaleur et présence de nourriture, identifient l'état physiologique de l'insecte avec une précision de 93 %. Le système guide ensuite le déplacement via des stimuli lumineux UV et vibratoires, mais uniquement quand l'état interne de l'insecte est jugé favorable : si des signes de stress ou d'évitement sont détectés, la stimulation est automatiquement suspendue. Les résultats ont été validés dans un labyrinthe multi-chambres, où les blattes équipées de l'ISC ont traversé l'ensemble du parcours, contrairement aux individus non traités qui restaient dans les sections contenant de la nourriture.
Ce que ce travail change fondamentalement, c'est la posture de contrôle : on passe d'un paradigme de commande unilatérale, où l'animal est un vecteur passif, à un paradigme d'interaction adaptative où la décision de stimuler dépend de l'état interne du vivant. Pour les applications de bio-robotique hybride, notamment la surveillance environnementale en zones inaccessibles, la détection de gaz ou la recherche de survivants sous décombres, cette capacité à réduire le stress de l'insecte et à minimiser les stimulations inutiles est directement corrélée à la durée de vie opérationnelle du système et à la fiabilité des comportements obtenus. La précision de 93 % en classification d'état reste à valider hors laboratoire et sur des populations plus larges, et les vidéos publiées ne permettent pas encore d'évaluer les performances en conditions non contrôlées, un point de vigilance habituel dans ce sous-domaine.
La robotique bio-hybride à base d'insectes est un champ actif depuis une quinzaine d'années, porté notamment par les équipes de Hirotaka Sato (NTU Singapour) sur des scarabées télécommandés, et par plusieurs groupes américains et coréens travaillant sur blattes et criquets. L'apport de l'Osaka University ici n'est pas le contrôle en lui-même, mais l'intégration d'une boucle de rétroaction physiologique dans la décision de stimulation, une couche d'intelligence contextuelle absente des systèmes précédents. L'équipe annonce vouloir étendre l'approche vers une collaboration plus étroite entre systèmes biologiques et IA pour des applications de monitoring environnemental avancé, sans préciser de timeline commerciale ni de partenaires industriels à ce stade. Aucun acteur européen n'est impliqué dans cette étude.




