
Contrôle neuromorphique d'un robot à ailes battantes sur matériel à ressources limitées
Des chercheurs ont présenté un framework de contrôle neuromorphique hiérarchique permettant le vol autonome embarqué d'un micro-robot à ailes battantes inspiré du papillon, pesant moins de 30 grammes. L'architecture déploie deux réseaux de neurones impulsionnels (Spiking Neural Networks, SNNs) directement sur un microcontrôleur ESP32 disponible dans le commerce pour environ 5 dollars : le premier SNN assure l'estimation d'état à partir des retours sensoriels bruts, le second pilote les ailes via modulation d'un Générateur de Patron Central (CPG). Entraîné par imitation learning, le système démontre un suivi stable des angles de tangage et de cap en vol libre non attaché (untethered), sans infrastructure externe. Sur le plan des performances, le contrôleur SNN réduit la latence d'inférence de 36 % (de 1 059 µs à 680 µs) et la consommation de 18 % (de 0,033 W à 0,027 W) par rapport à une baseline réseau de neurones artificiel (ANN) classique.
Ce résultat est significatif car il démontre qu'un calcul de type spike-based est viable sans hardware spécialisé (neuromorphic chips type Intel Loihi ou SpiNNaker), en s'appuyant uniquement sur du silicium grand public. Pour les acteurs du secteur des micro-drones et de la robotique embarquée, cela ouvre une voie crédible vers l'autonomie embarquée sur plateformes ultra-contraintes en masse et en énergie (SWaP), un verrou reconnu de la filière. La combinaison estimation d'état + contrôle moteur en un seul pipeline neuromorphique léger, tournant en boucle fermée en temps réel, valide une hypothèse longtemps contestée : les SNNs peuvent rivaliser avec les ANNs sur des tâches de contrôle dynamique à haute fréquence sans sacrifier la précision.
Les micro-véhicules à ailes battantes (FWMAVs) sont étudiés depuis une vingtaine d'années pour leur efficacité aérodynamique supérieure aux quadrotors à faible vitesse, mais leur adoption est freinée par la complexité des dynamiques non-linéaires et l'impossibilité historique d'embarquer suffisamment de puissance de calcul. Des projets comme le RoboBee de Harvard ou le DelFly de TU Delft ont établi les bases mécaniques, sans parvenir à la pleine autonomie embarquée. Sur le front concurrent, les approches à base d'ANNs classiques restent dominantes mais se heurtent aux mêmes contraintes énergétiques. Les auteurs revendiquent une première mondiale pour le contrôle neuromorphique entièrement embarqué sur FWMAV en vol autonome, affirmation qui devra être confirmée par pair review complet ; l'article est actuellement un preprint arXiv (2605.19430, mai 2025). Les prochaines étapes attendues concernent la robustesse aux perturbations extérieures et l'extension à des manœuvres 3D plus complexes.
Dans nos dossiers




