
Partager la charge : transport autonome de fret par flotte de rovers
Dans le cadre du programme Artemis de la NASA, des chercheurs canadiens ont publié sur arXiv (arXiv:2510.18766v2) une étude portant sur le transport coopératif de charges lourdes par deux rovers autonomes sur la surface lunaire. Le scénario cible est celui d'un habitat lunaire permanent, où des modules d'assemblage devront être acheminés depuis la zone d'atterrissage jusqu'au site d'habitat, à des distances pouvant atteindre 5 km. Pour répondre à cette contrainte, l'équipe a développé un contrôleur prédictif distribué (MPC distribué) permettant à deux Lunar Utility Vehicles (LUV) de 800 kg chacun de transporter solidairement une charge de 475 kg. Un couplage mécanique sur mesure assure le support intégral de la masse tout en découplant la cinématique de chaque véhicule, leur laissant une liberté de mouvement relative. Lors des tests terrain, les rovers ont maintenu une erreur de séparation relative moyenne de 9,2 cm, avec une erreur maximale de 33,4 cm.
Ce résultat est notable pour plusieurs raisons. D'abord, il valide l'approche "teach and repeat" par lidar dans un contexte multi-véhicule : chaque rover conserve individuellement la qualité de suivi de trajectoire propre à cette méthode, sans dégradation due à la coordination. Ensuite, l'architecture MPC distribuée évite un point de défaillance central, ce qui est critique pour des missions où la redondance est une exigence de sécurité non négociable. Enfin, le fait qu'un seul contrôleur puisse gérer des opérations variées (transport, repositionnement, manoeuvres) démontre une généricité utile au-delà du seul transport de fret, ouvrant la voie à des rovers multifonctions pour des missions à longue durée.
Le Canada participe activement au programme Artemis via l'Agence spatiale canadienne, notamment à travers le projet de rover lunaire Canadarm3 et les études sur les véhicules utilitaires lunaires. Les LUV étudiés ici s'inscrivent dans cette feuille de route nationale. Sur le plan concurrentiel, la NASA développe en parallèle ses propres rovers de surface (MAPP, MGRU), tandis que des acteurs privés comme Astrobotic ou Intuitive Machines se positionnent sur la logistique de surface. La prochaine étape pour cette architecture sera son intégration dans des simulations de missions complètes et, potentiellement, des tests en environnement analogue lunaire (volcanique ou arctique), avant toute qualification vol.
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