
Les psys en dépression ? Remplacés par l’IA, ils lancent un mouvement de grève
Près de 2 400 professionnels de la santé mentale de Kaiser Permanente ont déclenché une grève de 24 heures dans le nord de la Californie, rejoints par 23 000 infirmiers. Leur cible : l'intégration croissante de l'intelligence artificielle dans les parcours de soins psychologiques. Les thérapeutes accusent ces outils automatisés de dégrader la qualité du suivi clinique et de menacer directement leurs emplois, dans un mouvement qui révèle un malaise profond au sein de la profession.
L'enjeu dépasse la simple question technologique. Ce qui se joue ici, c'est l'équilibre entre automatisation et humanité dans un secteur où la relation patient-soignant est au cœur du soin. Lorsque l'IA devient un substitut plutôt qu'un outil d'appui, elle risque de transformer en profondeur la nature même du travail thérapeutique — avec des conséquences encore difficiles à anticiper pour les patients comme pour les praticiens.
Des changements concrets sont déjà à l'œuvre. Des tâches autrefois réalisées par des cliniciens qualifiés — comme le triage initial des patients, sous forme d'entretiens de 10 à 15 minutes — sont désormais confiées à des opérateurs non spécialisés ou à des applications d'évaluation standardisées, selon des témoignages relayés par NPR et l'Associated Press. Par ailleurs, les outils d'IA sont utilisés pour accélérer les tâches administratives et augmenter le nombre de patients suivis par jour, transformant la logique de soin en logique d'efficacité industrielle. Des publications de la National Library of Medicine et un article de Time pointent également les risques des chatbots thérapeutiques : tendance à la complaisance, absence de jugement clinique réel, incapacité à détecter des signaux d'alerte critiques chez des patients souffrant de troubles préexistants.
La mobilisation de 23 000 infirmiers aux côtés des thérapeutes illustre que l'inquiétude ne se limite pas à une seule profession. Elle reflète une crainte plus large d'une transformation du soin dictée par des impératifs économiques. Si l'IA peut optimiser certains aspects logistiques, elle reste inadaptée pour remplacer l'essence du métier de psy : l'interprétation fine, l'empathie et l'adaptation à des situations humaines uniques.
Ce mouvement social illustre des tensions qui pourraient émerger en France et en Europe face à l'intégration de l'IA dans les soins de santé, un domaine encore insuffisamment encadré par la réglementation européenne.


