
Version « adulte » de ChatGPT : des experts internes d’OpenAI unanimement opposés
OpenAI se retrouve dans une position délicate : son PDG Sam Altman souhaite depuis octobre dernier lancer un mode adulte pour ChatGPT, permettant des conversations à caractère érotique après vérification de l'âge des utilisateurs. Mais en janvier 2026, le comité d'experts interne sur le bien-être et l'IA, créé par l'entreprise elle-même, s'est unanimement prononcé contre ce projet — une opposition rare et frontale qui fragilise publiquement la stratégie du CEO.
L'enjeu dépasse la simple question de contenu pour adultes. Ce comité a été constitué notamment après le suicide d'Adam Raine, 16 ans, dont les parents ont attaqué OpenAI en justice. Ses membres — parmi lesquels les chercheurs David Bickham, Tracy Dennis-Tiwary et Andrew K. Przybylski — alertent sur les risques d'une dépendance affective malsaine vis-à-vis des chatbots IA, et sur l'impossibilité pratique d'empêcher les mineurs d'accéder à ces contenus sensibles.
Leurs craintes s'appuient sur des précédents concrets. L'adolescent Sewell Setzer III s'est suicidé en octobre 2024 après avoir développé une relation intime avec les chatbots de Character.AI — sa mère vient de conclure un accord avec l'entreprise. Au sein même d'OpenAI, la cadre Ryan Beiermeister a exprimé publiquement son opposition au mode adulte avant d'être licenciée. Et selon le Wall Street Journal, le système de prédiction d'âge développé en interne classe encore 12 % des mineurs comme des adultes, ce qui pourrait exposer des millions de jeunes utilisateurs à des contenus réservés aux majeurs.
OpenAI a officiellement reporté le lancement du mode adulte pour se concentrer sur des priorités jugées plus urgentes, mais n'a pas abandonné le projet. L'un des experts du comité est allé jusqu'à qualifier le risque de création d'un « coach au suicide séduisant » — une formulation qui résume la tension profonde entre l'ambition commerciale d'Altman et les garde-fous que ses propres experts jugent indispensables.
L'AI Act et le DSA imposent à OpenAI des obligations strictes de protection des mineurs et de modération des contenus en Europe, rendant ce projet potentiellement non-conforme dès son lancement.


