
L'IA vise la navigation autonome en fauteuil roulant
Des chercheurs du Centre de recherche allemand sur l'intelligence artificielle (DFKI) à Brême ont présenté ce mois-ci à Anaheim, en Californie, un prototype de fauteuil roulant électrique intelligent capable de naviguer de manière autonome dans des environnements encombrés. Dirigée par Christian Mandel et Serge Autexier, l'équipe a développé un système intégrant des données de capteurs embarqués et de caméras de profondeur montées sur drones pour garantir une navigation sûre — y compris en mode entièrement autonome piloté par la voix.
L'enjeu dépasse largement le gadget technologique : pour les personnes souffrant de handicaps moteurs sévères, l'autonomie de déplacement est une question d'inclusion et de dignité. Ces systèmes pourraient transformer le quotidien de millions d'utilisateurs, à condition de franchir des obstacles bien réels — coût, fiabilité en conditions réelles, et adaptation aux profils très variés des utilisateurs.
Chaque fauteuil prototype embarque deux lidars, une caméra 3D, des odomètres et un ordinateur intégré. La navigation autonome repose sur le système open-source ROS2 Nav2 couplé à des cartes SLAM et des contrôleurs d'évitement d'obstacles. En mode semi-autonome, l'utilisateur garde le joystick ; en mode pleinement autonome, il suffit d'une commande vocale — « Conduis-moi à la machine à café » — confirmée via l'interface du fauteuil. Le projet s'inscrit dans le cadre du programme européen REXASI-PRO (Reliable and Explainable Swarm Intelligence for People With Reduced Mobility).
Les expertes du secteur tempèrent l'enthousiasme. Pooja Viswanathan, PDG de Braze Mobility (Toronto), souligne que « le coût reste un frein majeur » et que les systèmes de financement exigent des preuves claires d'efficacité et de sécurité avant de prendre en charge ces technologies. Louise Devinge, ingénieure biomédicale à l'IRISA (Rennes), avertit que « plus on ajoute de capteurs, de calcul et d'autonomie, plus il devient difficile de garantir des performances robustes dans tous les environnements réels ». Le consensus du domaine est clair : l'objectif n'est pas de remplacer le jugement de l'utilisateur, mais de l'assister.
Le projet REXASI-PRO est porté par le DFKI, centre de recherche européen de référence, et ses résultats pourraient alimenter les standards d'accessibilité et de robotique de service au sein de l'UE.


